jeudi, mars 09, 2006

Ardbeg ou l'invitation au voyage

Sa couleur or rose et ses reflets chatoyants invitent à le placer entre lumière et regard, pour en percevoir la saisissante beauté, s’imaginant un instant le rayon puissant de notre astre crevant un plafond de nuages gris et bas. Puis on s’approche, lentement, à pas mesurés et les yeux clos pour humer des effluves de terre, de fumée, de sel et d’iode. Immédiatement, surgit aux oreilles un bruit de ressac. Pas de doute, l’océan est là. Au bruit de vagues succède ce fumé, entêtant, obsédant, ombrageux, tourbé. On quitte l’écume qui voudrait noyer la roche pour prendre le chemin d’une lande d’humide bruyère, toute proche. Alors s’y découvre le calme des tourbières et, plongeant la main dans le grain du sol on se prend à entendre, au loin, le cri d’une grouse (ou était-ce un faisan ?). Les lèvres plongent et le lien est fait, aussitôt. Les mots dont nos sens cajolaient notre cœur se révèlent. Un corps plein, ferme, complétant une mélodie qui n’attendait que celui-ci pour devenir parfaite. En bouche, la symphonie s’instille, en douceur d’abord pour devenir plus forte ensuite, jusqu’à bousculer des papilles qui n’en demandaient pas tant, avant de s’éteindre comme un soleil de mars se couche sur les flots ridés. Ces instants d’éternité, j’aurais pu les vivre sur les rives de Skye, joyau que les Dieux ont offert à l’Ecosse, et qui leur rend par son nectar le plus vibrant des hommages. Ils n’ont été que le fruit du plaisir que j’ai pris à contempler, puis à respirer, pour enfin goûter à cet Ardbeg à l’âge d’enfant. Dix ans. Dix ans que j’attends. Je ne suis jamais allé en Ecosse. J’irai. Un jour. Ce soir, l’espace de ces moments aussi fugaces qu’ils étaient prenants, l’Ecosse est venue à moi, je l'ai tenue au creux de ma main.

1 Comments:

Blogger David Humair said...

Kinloch Rannock, sortie de Bunnrannoch House, 0545, un jour de septembre 1996. Pas un bruit. La lande à perte de vue et le Loch Rannock à mes pieds. Bruyères et fougères. Une ambiance magique comme seule l'Ecosse sait les donner. Une intensité faite de lumière changeante, de silence perturbé de temps à autres par le saut d'une truite ou le bêlement d'une brebis.
Le temps s'arrête. L'éternité à portée de main.

Superbe billet mon ami!!

10:41 AM  

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