mercredi, juin 21, 2006
L’un de mes premiers billets faisait état de la difficulté à changer de milieu professionnel lorsqu’on est estampillé – je dirais marqué au fer rouge comme le veau texan – spécialiste d’un domaine particulier. Un peu comme si l’appartenance audit domaine prenait largement le pas sur l’expérience humaine et les compétences transversales intrinsèques qui sont autant d’atouts majeurs sur lesquels capitaliser dans le pourvoi d’un poste, dans l’engagement d’un collaborateur. Un autre billet vous parlait d’un personnage fabuleux, Le Mathémagicien, qui est un soleil pour beaucoup d’âmes perdues dans la ténèbre des chiffres et un ami d’une fidélité et d’une dévotion peu commune. Ces deux billets n’en font maintenant plus qu’un, un troisième, et voici pourquoi… Travaillant sur un projet commun, on cause, on échange, on partage, ses soucis mais surtout ses envies, ses objectifs. On cause du passé pour mieux revenir au présent. On cause du passé. Après avoir quitté la banque il y a dix ans, le dernier acte majeur en connection avec ce domaine fut la signature d’un crédit hypothécaire auprès d’un banquier compétent, disponible, à l’écoute. Un type bien. Un autre. Comme il en existe quelques-uns qui sont trop bons pour rester où ils se trouvent et finissent immanquablement par progresser. Le Mathémagicien me dit que le profil que je brosse correspond à un de ces élèves et il me donne son nom. Pas possible !!!! Croyez-le ou non, mais c’est précisément la personne dont je lui parlais. Mon ancien conseiller, perdu de vue à la suite de sa promotion. Ni une ni deux, il m’est proposé de lui transmettre mon CV accompagné de quelques bonnes recommandations et de voir ce que ça donne. Un petit coup de piston ne fait jamais de mal, pas vrai ? Mais ce n’est pas tout. Revenons un tant soit peu en arrière. Causons à nouveau du passé. Du passé plus lointain encore. Apprentissage, 1990. Volonté de l’atypique de service de faire autre chose que de la routine d’arpète en entrant dans l’informatique bancaire, encore embryonnaire et pas institutionnalisée dans le programme de CFC. Lobbying maladroit, insistance, obstination et, probablement par lassitude des intermédiaires, opportunité d’entretien avec le boss du département y relatif. Mon discours le séduit, il me donne ma chance. Une chance m’avait-il dit. Pas deux. Une. Retour au présent. Cet après-midi le coup de piston m’a ouvert les portes d’un premier rendez-vous avec l’ancien conseiller susdit, spécialement intéressé par les profils atypiques (putain ça tombe bien me dis-je… très intérieurement). On cause, du présent et du passé relatif à l’entreprise en question (sorte de retour au point de départ dans tous les sens du terme), chronologiquement, j’explique mon trajet du début à l’arrivée. Je cite d’entrée de jeu le nom de la bonne âme qui m’avait donné ma chance il y a seize ans, comme le premier point marquant de ma carrière et BOUM !!! Pas possible !!! Me dit-il. Il a bien voyagé dans la banque, changé d'orientation et c'est maintenant mon responsable direct. J’ai déjeuné avec lui ce matin en lui parlant de votre CV, sans encore lui mentionner votre nom !!! Laissez-moi l’appelez et je lui dit de descendre nous rejoindre. Dix minutes et un joli choc émotionnel plus tard (un peu comme si un pan de passé tout entier revenait figurer le présent) je me retrouve devant des cheveux un peu plus gris, tout comme les miens, au souvenir vivace, prêts à m’offrir l’opportunité d’un entretien, à écouter mon discours, une deuxième fois. Seize ans après. Ne reste que le plus dur. Séduire encore et décrocher la chance, car il n’y en aura pas deux. Le challenge et ce qui se cache derrière (un nouveau métier, radicalement différent) dépasse les idéaux les plus fantasques que j’aie pu formuler et me remplit d’une belle et radieuse énergie. Mais tout de même. Pareil enchaînement de circonstances : hasard, signes ou destin ?
lundi, juin 19, 2006
Septante mille pas, environ. Bis.
Mettant fin ici à plus d’un mois d’absence épistolaire – absence qui sera expliquée plus avant dans un prochain billet – je reviens sur mes pas au double sens du terme pour dire et redire quel fut le bonheur d’une longue et belle ballade dominicale, partagée en bonne compagnie. Prévue de longue date après une dernière occurrence avérée il y a précisément un bail, celle-ci devait, à l’origine, voir se réunir et cheminer un gratin fait d’amis gris-vert divers. De gris-vert il ne fut que peu question, mais d’amitié, oui.
En piste donc.
Un lever dans l’aube, celle qui suit les nuits d’orage où chaque détail de l’horizon est mieux souligné, quelques kilomètres de bitume enroulés et voici les retrouvailles, l’heure pour le trio de laisser dans son dos un bucolique village vaudois comme il y en a tant. Passé un premier rectiligne bordé de champs de seigle qui rappellent le retour du général romain dans son fief du Latium, arrive une première pente légère qui conduit à un pont de bois. Rapides à gauches, marmites à droites et senteurs de sureau. Un sureau qui conduit les grands enfants à partager les souvenirs du temps où ils l’étaient moins. Quelques faibles courbes de niveau plus tard, on retrouve seigle et blé - cousins qu’une simple route sépare - et s’offre un point de vue nouveau sur celui qui était nôtre à l’heure du départ. De fermes en minuscules hameaux, d’anciennes maisons bourgeoises en chapelles-écoles arrive l’heure du premier thé. Celui-ci fut servi par un vieux soldat affable et jovial autant qu’anachronique qui invita les chalands à constater le fumet d’alcool de pruneau rendu par la citerne d’une eau qui se voulait pourtant désaltérante. Exit l’anachronisme et bienvenue au pays où rien ne change. Quelques minuscules grenouilles nous accompagnent alors vers les premières portions ombragées, vers le prochain village. Après une douzaine de kilomètres, les premières amorces de cloques se font sentir, chaloupant des démarches auparavant sûres. C’est aussi le moment de décharger le sac à dos du poids de la subsistance qui le garnit, histoire d’équilibrer les yin et yang du pèlerin. Le deuxième ravitaillement passé, s’entame une montée abrupte puis plus douce dans un paysage de forêt canadienne où un certain œil aiguisé aura détecté la course effrayée d’une belette, préférant l’ombre des troncs empilés à notre compagnie. La moitié de la boucle à parcourir nous tend ses bras et s’apprête à offrir à la contemplation un splendide étang garni de troncs immergés que côtoient quelques nénuphars. Les jambes se font maintenant plus lourdes et douloureuses, tout comme l’astre du jour se met à cogner et faire tourner les têtes. Mais comme la nature est bien faite, une portion d’ombre agrémentée de jolis champs de myrtilles vient tempérer les ardeurs de ce dernier et permettre aux marcheurs de récupérer leurs forces avant de bénéficier d’un nouveau panorama à l’arrière-plan duquel on devine le pays gruérien. Le dernier point de contrôle franchi, il subsiste encore une dizaine de milliers de pas à poser l’un devant l’autre qui deviennent, de l’un à l’autre, autant de lits de clous sur lesquels les improbables et mal préparés fakirs continuent de cheminer. L’eau vient alors à manquer, la foi à tanguer, mais le but est proche. On croise alors de jeunes soldats - très chroniques eux - nonchalamment vautrés sous un parasol, en plein exercice de leur service à la patrie, qui nous indiquent avec force déni de responsabilité ne pas être un checkpoint. Comme si on avait pu en douter. Retour à la civilisation au travers d’un village garni de multiples drapeaux quadriennaux qui indique aux chevaux usés par ce parcours de labeur que l’écurie est proche. Ne reste plus qu’une longue descente casse-pattes, suivie des ultimes mille mètres, tous en montée, et la délivrance arrive. Sept heures trente de belles conversations, de paysage sublimes, de fragrances et de couleurs chatoyantes. Sept heures trente de la douce compagnie de bonnes personnes qui n’avaient rien à gagner à se lever si tôt pour se faire si mal. Si ce n’est le plaisir d’un réveil, le lendemain, où l’on se sent bien vivant, la tête pleine de beaux souvenirs, prêt à en remettre une couche. Plus prêt que jamais en fait. On est peu de chose sous le ciel. Et tellement, en même temps. Merci à tous deux pour ce vrai bonheur. Et bravo.
En piste donc.
Un lever dans l’aube, celle qui suit les nuits d’orage où chaque détail de l’horizon est mieux souligné, quelques kilomètres de bitume enroulés et voici les retrouvailles, l’heure pour le trio de laisser dans son dos un bucolique village vaudois comme il y en a tant. Passé un premier rectiligne bordé de champs de seigle qui rappellent le retour du général romain dans son fief du Latium, arrive une première pente légère qui conduit à un pont de bois. Rapides à gauches, marmites à droites et senteurs de sureau. Un sureau qui conduit les grands enfants à partager les souvenirs du temps où ils l’étaient moins. Quelques faibles courbes de niveau plus tard, on retrouve seigle et blé - cousins qu’une simple route sépare - et s’offre un point de vue nouveau sur celui qui était nôtre à l’heure du départ. De fermes en minuscules hameaux, d’anciennes maisons bourgeoises en chapelles-écoles arrive l’heure du premier thé. Celui-ci fut servi par un vieux soldat affable et jovial autant qu’anachronique qui invita les chalands à constater le fumet d’alcool de pruneau rendu par la citerne d’une eau qui se voulait pourtant désaltérante. Exit l’anachronisme et bienvenue au pays où rien ne change. Quelques minuscules grenouilles nous accompagnent alors vers les premières portions ombragées, vers le prochain village. Après une douzaine de kilomètres, les premières amorces de cloques se font sentir, chaloupant des démarches auparavant sûres. C’est aussi le moment de décharger le sac à dos du poids de la subsistance qui le garnit, histoire d’équilibrer les yin et yang du pèlerin. Le deuxième ravitaillement passé, s’entame une montée abrupte puis plus douce dans un paysage de forêt canadienne où un certain œil aiguisé aura détecté la course effrayée d’une belette, préférant l’ombre des troncs empilés à notre compagnie. La moitié de la boucle à parcourir nous tend ses bras et s’apprête à offrir à la contemplation un splendide étang garni de troncs immergés que côtoient quelques nénuphars. Les jambes se font maintenant plus lourdes et douloureuses, tout comme l’astre du jour se met à cogner et faire tourner les têtes. Mais comme la nature est bien faite, une portion d’ombre agrémentée de jolis champs de myrtilles vient tempérer les ardeurs de ce dernier et permettre aux marcheurs de récupérer leurs forces avant de bénéficier d’un nouveau panorama à l’arrière-plan duquel on devine le pays gruérien. Le dernier point de contrôle franchi, il subsiste encore une dizaine de milliers de pas à poser l’un devant l’autre qui deviennent, de l’un à l’autre, autant de lits de clous sur lesquels les improbables et mal préparés fakirs continuent de cheminer. L’eau vient alors à manquer, la foi à tanguer, mais le but est proche. On croise alors de jeunes soldats - très chroniques eux - nonchalamment vautrés sous un parasol, en plein exercice de leur service à la patrie, qui nous indiquent avec force déni de responsabilité ne pas être un checkpoint. Comme si on avait pu en douter. Retour à la civilisation au travers d’un village garni de multiples drapeaux quadriennaux qui indique aux chevaux usés par ce parcours de labeur que l’écurie est proche. Ne reste plus qu’une longue descente casse-pattes, suivie des ultimes mille mètres, tous en montée, et la délivrance arrive. Sept heures trente de belles conversations, de paysage sublimes, de fragrances et de couleurs chatoyantes. Sept heures trente de la douce compagnie de bonnes personnes qui n’avaient rien à gagner à se lever si tôt pour se faire si mal. Si ce n’est le plaisir d’un réveil, le lendemain, où l’on se sent bien vivant, la tête pleine de beaux souvenirs, prêt à en remettre une couche. Plus prêt que jamais en fait. On est peu de chose sous le ciel. Et tellement, en même temps. Merci à tous deux pour ce vrai bonheur. Et bravo.
mardi, mai 16, 2006
Le carnaval des animaux
En périphrasant les oeuvres de Saint-Saëns ou de Tchaïkovski, en y substituant parfois d’autres personnages et en s’offrant pour décor mon jardin sauvage, il se donne au regard de qui s’y trouve un magnifique ballet, orchestré au rythme des visites qu’y rendent une foule d’acteurs choisis. A tous seigneurs tous honneurs, les premiers à s’introduire dans le verdoyant tableau constituant leur royaume sont ses maîtres félins, fiers mâles aux entrechats rappelant les notes aiguës de la clarinette. Pris au raz du sol, lorsqu’on s’allonge dans la pelouse d’un après-midi d’été on se prend à les imaginer tigres. Rois sans rivaux régnants sur leur vaste et feuillu domaine, aussi implacables chasseurs qu’ils peuvent être – à leurs heures – câlins joueurs. Quand ensuite le soleil s’en vient raser les plus hautes branches du bouquet de sapins, de la petite forêt, du sous-bois, on peut avec de la chance y surprendre l’ami mangeur de noisette, enroulant ses acrobaties en déroulant son éclatant panache. Le distinguer en compagnie de sa douce moitié est un plaisir plus rare encore auquel n’accèdent que les patients vertueux, prêts à s’abstraire de longues heures passées à l’affût de ces jolis tourtereaux. Arrive alors le moment où le ciel s’irise de pourpre et contemple, surgissant des haies environnantes à pas mesurés, une famille d’invités piquants ; papa, maman et leurs rejetons en quête de limaces ou – bien mieux encore – des restes d’une grillade dominicale que viendront leur disputer les becs avides de deux bruyantes corneilles. Repus et soufflant de la satisfaction d’un ventre bien rond on les perçoit à la nuit tombante cheminant vers leur abri, vers leur cachette. Il est alors temps de profiter des ultimes lueurs de l’ultime rayon du soleil – celui à qui échoit la charge d’allumer les étoiles – pour se coucher dans une herbe devenue humide et admirer Batman et Robin débarrasser la nuit de ses ennuyeux moustiques. Peu de choses valent un tel spectacle qui tient de la sarabande de Händel. Même le saule pleureur qui voit nicher ces deux hôtes se met à rire de les voir tourner et retourner et retourner encore, dans une musique faite de battements d’ailes de peau et de frôlements. En s’astreignant à la posture du discret, de l’effacé, du silencieux, il est même quelquefois envisageable de se voir gratifier du salut d’un timide monsieur goupil ou de celui d’un farouche blaireau. A l’heure d’un coucher tardif ne reste plus que le silence, majestueux, à peine troublé par le chant nocturne de quelques grillons insomniaques faisant sérénade à leurs belles. Le plus beau cadeau qu’offre ce jardin magique, cependant, ne peut se recevoir qu’à la vaillance d’un lever précoce. C’est aux lueurs de l’aube naissante en effet qu’apparaissent merles, rouge-queue, rouge-gorge, pic épeiche, mésanges et autres merveilles d’une joie colorée, animée. Il faut les voir se chamailler autour d’un bouquet de fraises des bois, de quelques miettes de pain éparses dont ils ont tôt fait de se remplir le jabot ou encore lutter pour être le premier à s’octroyer un bain rafraîchissant dans le petit bassin prévu à leur attention, profitant de la tranquillité qu’offrent les dernières torpeurs félines. Tous ces moments, tous ces charmants et fascinants visiteurs n’auraient pas droit de cité dans un jardin trop propret, coupé tondu au quart de micro poil où l’engrais phosphaté et les graines anti-gastéropodes ont force de loi. Ce minuscule écosystème savamment laissé à lui-même, qui voit se côtoyer prédateurs et proies de toutes sortes, de tous ordres - chacun revenant s’y produire au fil des saisons - est une source intarissable d’émerveillement pour adultes et enfants, une leçon de vie, de persévérance, où il est donné de contempler la fragilité apparente de l’existence autant que le bel équilibre de son organisation. Comme l’harmonie d’une partition conduisant les animaux à leur carnaval.
jeudi, mai 11, 2006
Dans le confessionnal gastronomique
Le Vieux Sergent passe aux aveux. Il se met à table. Un pied sur la brèche du précipice de l’alimentairement inavouable, l’autre sur celle du bon goût socialement admissible, il chevauche l’insondable abîme de perplexité dégoûtée dans lequel ceux que ses choix rebutent ne manqueront pas de le précipiter. Il avoue en outre – plus royaliste que le roi s’il en était régnant sur les vertes prairies helvètes - une préférence certaine pour les produits qui furent et/ou demeurent frappés de la croix blanche. Apôtres de l’insipide, suppôts de la fadeur et autres brocardeurs de pipes à couvercle s’abstenir. En effet, à l’heure où point le jour le Vieux Sergent n’aime rien tant que garnir ses tartines de la mince couche ambrée du Cenovis, tout comme il se repaît du Muesli et de ses flocons. Lorsque le Vieux Sergent commande une panachée à la sommelière, il s’enquiert de savoir si celle-ci mixe bien une moitié de Calanda Brau avec une autre d’Elmer Citro. Si ce n’est pas le cas, il se désaltérera alors au sérum lactique du Rivella ou à l’onde du fruité Sinalco. La viande séchée, le lard sec ou fumé et le pain de seigle, piliers du bien manger valaisan (lorsque les deux premiers ne sont pas grisons par exception) pourraient demeurer les seuls aliments desquels se nourrir que les papilles du Vieux Sergent en seraient éternellement réjouies. Mais ce n’est pas tout, car au beau milieu de ces spécialités dont la saveur – par ailleurs excellente – n’effraie point trop les touristes, s’en nichent d’autres, bien plus redoutables, au nez comme au palais. Tel par exemple un bon vacherin Mont d’Or (au lait cru cela va de soi), dont certains scélérats d’outre Jura tentent en vain de s’approprier la paternité (non mais dites moi que je rêve !), qui sous sa croûte au doux parfum de l’épicéa qui l’enrobe cache un joli caractère, qui s’assouplit quand on le pique d’ail, qu’on l’humecte d’un filet de vin blanc pour le mettre au four. Le Vieux Sergent pourrait continuer ainsi jusqu’à plus faim ni soif, énumérer le pumpernickel que nous disputent les germains et les Habsbourg, la tourte aux noix de cet amour d’Engadine, la salsiz schwitzoise si délicatement relevée ou partir en direction du Choc-Ovo ou de son cousin l’Ovo Sport qui accompagnent les petits en course d’école et les plus grands en course de … bref. S’il était toutefois une spécialité culinaire de notre Heimat à retenir parmi toutes les autres – et c'est là qu'on entre dans l’alimentairement inavouable précité, remontez vos bretelles ! – ce serait le Schabziger. L’arme secrète des vieux glaronnais. Pour le béotien, il s'agit d'un fromage. Et on ne saurait d’ailleurs se prétendre suisse sans y avoir goûté, ne serait-ce qu’une fois. Ce diable verdâtre déguisé d’alu et prenant les traits d’un cône tronqué possède un goût terrible, à nul autre pareil. Si fort, si corsé que les âmes sensibles et les gosiers aseptisés doivent le mélanger à du beurre pour ne pas mourir d’une attaque d’aphtes. Voilà par-dessus tout ce que le Vieux Sergent apprécie. Brut sur une tranche de pain frais, râpé sur les pâtes ou comme touche finale dans une fondue, c’est une valeur sûre. C’est la Suisse dans un petit paquet brillant. Quant aux cailloux que d’aucuns s’apprêtent à lancer à l’idée de voir associés ce fromage d’alpage et les produits qui lui précèdent au terme ‘gastronomique’… et bien qu’ils pleuvent. Le Vieux Sergent n’en a cure, trop épris d’authenticité qu’il est, il défendra cette position sans jamais reculer, fut-ce sous une grêle d’obus. Et quand on lui enverra l’aumônier, il lui redira ce que vous venez de lire.
mardi, mai 09, 2006
48 Laws of Power*
Inspiration down tonight. Let's have a taste of someone else's genius for a change ;-)
#1: Never outshine the master
#2: Never put too much trust in friends, learn how to use enemies
#3: Conceal your intentions
#4: Always say less than necessary
#5: So much depends on reputation – guard it with your life
#6: Court attention at all cost
#7: Get others to do the work for you, but always take the credit
#8: Make other people come to you – use bait if necessary
#9: Win through your actions, never through argument
#10: Infection: Avoid the unhappy and unlucky
#11: Learn to keep people dependent on you
#12: Use selective honesty and generosity to disarm your victim
#13: When asking for help, appeal to people’s self-interest, never to their mercy or gratitude
#14: Pose as a friend, work as a spy
#15: Crush your enemy totally
#16: Use absence to increase respect and honor
#17: Keep others in suspended terror: Cultivate an air of unpredictability
#18: Do not build fortresses to protect yourself – isolation is dangerous
#19: Know who you’re dealing with – do not offend the wrong person
#20: Do not commit to anyone
#21: Play a sucker to catch a sucker – seem dumber than your mark
#22: Use the surrender tactic: Transform weakness into power
#23: Concentrate your forces
#24: Play the perfect courtier
#25: Re-create yourself
#26: Keep your hands clean
#27: Play on people’s need to believe to create a cultlike following
#28: Enter action with boldness
#29: Plan all the way to the end
#30: Make your accomplishments seem effortless
#31: Control the options: Get others to play with the cards you deal
#32: Play to people's fantasies
#33: Discover each man’s thumbscrew
#34: Be royal in your own fashion: Act like a king to be treated like one
#35: Master the art of timing
#36: Disdain things you cannot have: Ignoring them is the best revenge
#37: Create compelling spectacles
#38: Think as you like but behave like others
#39: Stir up waters to catch fish
#40: Despise the free lunch
#41: Avoid stepping into a great man’s shoes
#42: Strike the shepherd and the sheep will scatter
#43: Work on the hearts and minds of others
#44: Disarm and infuriate with the mirror effect
#45: Preach the need for change, but do not reform too much at once
#46: Never appear too perfect
#47: Do not go past the mark you aimed for; in victory, learn when to stop
#48: Assume formlessness
Doesn't it sound like a huge, true, real happiness ;-)
*Foundations of the must read book by Bob Greene (Penguin Books. ISBN 0-14-028019-7)
#1: Never outshine the master
#2: Never put too much trust in friends, learn how to use enemies
#3: Conceal your intentions
#4: Always say less than necessary
#5: So much depends on reputation – guard it with your life
#6: Court attention at all cost
#7: Get others to do the work for you, but always take the credit
#8: Make other people come to you – use bait if necessary
#9: Win through your actions, never through argument
#10: Infection: Avoid the unhappy and unlucky
#11: Learn to keep people dependent on you
#12: Use selective honesty and generosity to disarm your victim
#13: When asking for help, appeal to people’s self-interest, never to their mercy or gratitude
#14: Pose as a friend, work as a spy
#15: Crush your enemy totally
#16: Use absence to increase respect and honor
#17: Keep others in suspended terror: Cultivate an air of unpredictability
#18: Do not build fortresses to protect yourself – isolation is dangerous
#19: Know who you’re dealing with – do not offend the wrong person
#20: Do not commit to anyone
#21: Play a sucker to catch a sucker – seem dumber than your mark
#22: Use the surrender tactic: Transform weakness into power
#23: Concentrate your forces
#24: Play the perfect courtier
#25: Re-create yourself
#26: Keep your hands clean
#27: Play on people’s need to believe to create a cultlike following
#28: Enter action with boldness
#29: Plan all the way to the end
#30: Make your accomplishments seem effortless
#31: Control the options: Get others to play with the cards you deal
#32: Play to people's fantasies
#33: Discover each man’s thumbscrew
#34: Be royal in your own fashion: Act like a king to be treated like one
#35: Master the art of timing
#36: Disdain things you cannot have: Ignoring them is the best revenge
#37: Create compelling spectacles
#38: Think as you like but behave like others
#39: Stir up waters to catch fish
#40: Despise the free lunch
#41: Avoid stepping into a great man’s shoes
#42: Strike the shepherd and the sheep will scatter
#43: Work on the hearts and minds of others
#44: Disarm and infuriate with the mirror effect
#45: Preach the need for change, but do not reform too much at once
#46: Never appear too perfect
#47: Do not go past the mark you aimed for; in victory, learn when to stop
#48: Assume formlessness
Doesn't it sound like a huge, true, real happiness ;-)
*Foundations of the must read book by Bob Greene (Penguin Books. ISBN 0-14-028019-7)
lundi, mai 08, 2006
A l’essentiel
Au billet récemment publié par l’ami et voisin Variable (http://dahuvariable.blogspot.com/2006/05/de-lamiti.html) faisant référence à une situation tout aussi récente que partagée, je me permets ici de donner écho. Un écho que je souhaite être sobre et sincère.
D’avoir eu à vivre un premier imprévu briseur de conventions à l’heure où âge, rôle social et responsabilités familiales nous en pétrissent fut d’abord une rare surprise, un motif de discussion ensuite pour finir comme un grand courant d’air rafraîchissant, balayant l’attendu de la situation. Nous rappelant l’existence et le potentiel du grain de sable.
De s’être retrouvés autour d’une table anonyme - changement de décor radical - y devisant d’importantes choses du présent en lieu et place de ressasser les habituels mille souvenirs passés aura été pour moi signe de maturité relationnelle. Nous rappelant qu’on est ici maintenant, comme ça. Qu’hier on était, ailleurs, autrement.
D’avoir eu et pris du temps ensuite à l’évocation du tout et des riens qui le constituent, bercé d’un confort qui n’allait pas durer, revenant sur nos pas pour mieux nous en éloigner à nouveau fut un moment de paix luxueuse où le complexe sait s’exprimer par des mots simples. Nous rappelant que le sac est plus léger une fois débarrassé de son superflu.
De s’être vu errer au plus sombre de la nuit, en quête d’un abri chimérique, tournant en rond autour d’une solution connue sans se résoudre à son immédiate application aura été un petit d’instant d’aventure relative et un grand moment de liberté absolue. Nous rappelant le bonheur qu’il y a d’avoir le choix, qui prend toute sa dimension lorsqu’on ne l’a plus.
D’avoir eu à échanger le confort hospitalier de la mansarde promise contre une place derrière un volant que je venais de quitter, pour y sommeiller quelques heures à la lumière blafarde du néon fut pour moi un retour aux sources d’une amitié naissante. Qui nous voyait nous écrouler la nuit, vannés, dans les habits que nous portions le jour. Nous rappelant que la camaraderie vraie se cultive de simplicité et s’accommode du dérisoire des situations.
De s’être enfin dit au revoir autour de quelques cafés au goût de gages de survie dans la journée, revenant en riant sur l’absurde, le burlesque et le surréel d’une nuit que rien ne permettait d’imaginer, m’aura renforcé dans l’idée que l’important d’une amitié ne se mesure pas plus en temps qu’en distances. Une amitié ne se mesure pas d’ailleurs. Elle se vit. Nous rappelant qu’elle n’est jamais si belle que seule, vraie, nue, brillant dans la nuit, là où il n’y a qu’elle et rien d’autre.
D’avoir eu à vivre un premier imprévu briseur de conventions à l’heure où âge, rôle social et responsabilités familiales nous en pétrissent fut d’abord une rare surprise, un motif de discussion ensuite pour finir comme un grand courant d’air rafraîchissant, balayant l’attendu de la situation. Nous rappelant l’existence et le potentiel du grain de sable.
De s’être retrouvés autour d’une table anonyme - changement de décor radical - y devisant d’importantes choses du présent en lieu et place de ressasser les habituels mille souvenirs passés aura été pour moi signe de maturité relationnelle. Nous rappelant qu’on est ici maintenant, comme ça. Qu’hier on était, ailleurs, autrement.
D’avoir eu et pris du temps ensuite à l’évocation du tout et des riens qui le constituent, bercé d’un confort qui n’allait pas durer, revenant sur nos pas pour mieux nous en éloigner à nouveau fut un moment de paix luxueuse où le complexe sait s’exprimer par des mots simples. Nous rappelant que le sac est plus léger une fois débarrassé de son superflu.
De s’être vu errer au plus sombre de la nuit, en quête d’un abri chimérique, tournant en rond autour d’une solution connue sans se résoudre à son immédiate application aura été un petit d’instant d’aventure relative et un grand moment de liberté absolue. Nous rappelant le bonheur qu’il y a d’avoir le choix, qui prend toute sa dimension lorsqu’on ne l’a plus.
D’avoir eu à échanger le confort hospitalier de la mansarde promise contre une place derrière un volant que je venais de quitter, pour y sommeiller quelques heures à la lumière blafarde du néon fut pour moi un retour aux sources d’une amitié naissante. Qui nous voyait nous écrouler la nuit, vannés, dans les habits que nous portions le jour. Nous rappelant que la camaraderie vraie se cultive de simplicité et s’accommode du dérisoire des situations.
De s’être enfin dit au revoir autour de quelques cafés au goût de gages de survie dans la journée, revenant en riant sur l’absurde, le burlesque et le surréel d’une nuit que rien ne permettait d’imaginer, m’aura renforcé dans l’idée que l’important d’une amitié ne se mesure pas plus en temps qu’en distances. Une amitié ne se mesure pas d’ailleurs. Elle se vit. Nous rappelant qu’elle n’est jamais si belle que seule, vraie, nue, brillant dans la nuit, là où il n’y a qu’elle et rien d’autre.
mardi, mai 02, 2006
Lettre ouverte à Votre Excellence
Excellence, de vous je garde le souvenir d’un homme droit. D’un exemple prêchant par l’exemple. Voilà bien des années que le plaisir et l’honneur de vous côtoyer – ne fût-ce qu’un bref instant entre boue, paperasse et poussière – ne m’a plus échu, mais le souvenir demeure. Bien vivace. Et vos leçons, vos précieux conseils portent leurs fruits aujourd’hui encore pour qui a su les écouter, les prendre pour ce qu’ils furent. Des valeurs simples, utiles, pérennes. Excellence, j’ai comme tout un chacun eu le loisir de suivre votre éminent parcours, remettant bribes et parcelles de celui-ci dans le contexte de l’époque où vous me guidiez et moi vous suivais. Car vous fûtes plus qu’un chef, Excellence, un mentor pour chacun, jamais avare d’une recommandation, chaleureux sans être trop familier, exigeant souvent, dur quelquefois et juste toujours. Et drôle aussi. Un exemple à suivre, un exemple suivi. Prêchant le mérite sans omettre les moins méritants. Amenant ceux-ci à trouver en eux le courage de se dépasser, vous les avez conduits à une juste place dont certains ignoraient qu’elle put être la leur. Votre large culture de toutes choses, Excellence, fut elle aussi un rai de lumière au milieu de la verte grisaille. Rare et d’autant apprécié. Nul doute ainsi qu’on vous trouve revêtu de ce titre que vous portez si bien, après en avoir endossé d’autres, non moins honorables que vous magnifiiez alors. Ce pays et son appareil ont une bien belle fortune de trouver en votre personne un si probant serviteur. Et je me réjouis au titre de citoyen qui est le mien de vous savoir en bonne place au sein de celui-ci après l’avoir été, réjoui, sous une autre forme, en d’autres circonstances. Excellence, il est mille mémoires dont je n’omets pas de me rappeler aux jours de doutes, il est mille petits riens desquels j’aurai la joie sincère de vous entretenir. Peut-être à la faveur d’une rencontre, fortuite, une fois, un jour. Car bien que nos chemins se soient maintes fois croisés, de proche en loin, les attributions qui sont aujourd’hui les vôtres, comme l’étaient celles d’hier d’ailleurs, n’invitent qu’à l’improbable d’une répétition du passé. Puissent, Excellence, les hommes et les femmes qu’aujourd’hui vous menez prendre conscience du privilège qui est le leur de frayer en si bonne compagnie que la vôtre. Puissent-ils s’enrichir à votre contact comme beaucoup d’autres l’ont fait sous vos auspices, pour le bien de ce pays. Excellence, le respect que je vous porte tout comme celui dont vous m’avez gratifié m’apparaîtra toujours comme l’extrême contraire d’un dû que ne manquent pas de cultiver les béotiens, il est un partage, une marque de confiance que je garderai toujours avec moi. Des regards francs, des paroles vraies, de l’exemption d’inutiles ambages qui auront présidés à nos interactions je vous sais gré, Excellence. Et permettez-moi, par ces quelques mots, de vous manifester mon entière considération et mes plus authentiques vœux de succès dans la nouvelle mission que vous embrassez. Qu’ils vous accompagnent, Excellence, comme vous m’avez accompagné. Semper Fi.
