Le bâton du destin
A l’instar de la faux dont s’affuble celle qui, un jour, nous emportera, son prédécesseur le destin - mon destin - était dimanche équipé d’un bâton. Un de ceux, paraboliques, fait d’un bois dont on construit les cabanes, dans le pays de la chanson. Mes mains s’en sont saisies, comme le feraient celles d’un brave sûr d’empoigner sa fortune. A moins qu’elles ne se soient laissées conduire par lui, comme l’orchestre par la baguette de son chef, au fil de lignes déjà écrites. Comment l’aurai-je su ? Glissent alors et se croisent, qui sur le miroir d’un effort éphémère, qui sur celui de vanités perdues, maîtres et jouets de la destinée. Chacun parmi les siens veille à faire le meilleur usage dudit bâton, qui deviendra peut-être l’auteur du prochain instant de joie collective. Passent les minutes où gagne l’essoufflement du temps qui passe. On élabore, on construit, on tente, on croit toucher au soleil pour mieux se replier, résister, laisser passer une courte averse avant de revenir à la charge, faire tonner le prochain orage. Et puis soudain, une ouverture. Mains et bois font leur office, triangulation impeccable, joie du marqueur, embrassades. Deux ans d’abstinence se font alors moins lourds à porter, on revoit poindre ses vingt ans et on y retourne. La magie réopère une fois, puis une seconde, au travail de deux frères artisans, conjuguant en maîtres du bois de leurs destins frappes lourdes et légères déviations pour finir par rire aux éclats, comme ils le faisaient de leurs bonnes farces d’antan. Alors, on ne revoit plus ses vingt ans, on les a. Au point que de brave, on devient téméraire. L’outil du luthier devient celui du forgeron, on en use plus seulement pour créer mais, aussi, pour défendre. Alors se rebelle le destin. Froissé d’avoir vu un de ses jouets l’usurper - poupée se croyant marionnettiste - il en envoie un autre corriger l’importun au gré de ce que le mortel appellera un aléa. Simple mouvement. Attaque contre défense. Pas d’enjeu, rien à gagner, rien à perdre. Deux bâtons s’entrechoquent pour glisser l’un sur l’autre. Le dernier mot revient à celui du destin qui déchirera arcade, paupière et fera couler le sang. Façon de démontrer qui tient l’autre entre ses paumes. C’aurait pu être un œil ou une dent biblique. Ca ne l’a pas été. Le destin reste mon maître, mais il n’est pas rancunier.

3 Comments:
Bienvenue dans l'univers des bloggers, Old Sarge. Un univers généreux, qui à la possibilité d'exprimer le ressenti ajoute parfois le bonheur d'un partage. Vous voilà de facto propulsé poète en prose. Que le clavier continue à vous être fertile.
Mon cher, quelle merveille. COntinue à nous faire part de ces moments fantastiques que tu recrées si bien! Bravo!
Et j'espère que vous avez gagné!!
On a gagné et bibi a joué le match-winner avant de repasser en salle de maquillage ;-)
L'elixir de jouvence se paie un bon prix de nos jours. Mais quel pied !
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