mercredi, mars 15, 2006

La liberté dans un écrin blanc

Il fut un temps, une époque encore contemporaine aux oreilles de beaucoup, où naquît une liberté nouvelle qui nous vît le loisir, individuel, d’adjoindre le son à nos images. Où qu’on se soit trouvés, quelle que fut l’heure. Une petite porte qu’on entrouvrait et nourrissait alors faisait claquer battants et volets, comme un nouveau courant d’ère, pour réconcilier nos sens. On se prît non plus à vivre nos émotions, mais à les créer, à les transformer, ajoutant pour la première fois les sanglots longs des violons à des langueurs soudain moins monotones. Comme toutes les libertés, celle-ci connût des limites qui se voient aujourd’hui franchies. Dépassées par un mieux qui n'est pas l'ennemi du bien. La petite porte se clôt pour muer en un splendide petit boîtier blanc, qui délicatement se touche, s’effleure mais ne s’ouvrira plus que de façon allégorique en gardant intact l’esprit de sa chrysalide, en le magnifiant. En le sublimant. Dès lors la liberté est centuplée, les dizaines de pans de bonheur en séquence du récent passé allègent nos poches en devenant milliers, ils se choisissent comme on effeuille une marguerite ou se goûtent au gré de l’imprévu, de l’aléatoire, du spontané, laissant l’heureux chacun composer la bande originale du film de ces journées. C’est alors qu’il faut se voir frissonner, les yeux dans les étoiles naissantes au son du Strange Fruit crépusculaire de Billie Holiday pour verser la minute suivante, cheminant dans le néant, des larmes de pluie à la combinaison de force de l’Orly de Brel et de pur génie du Rain Song de Led Zep’. Alors il faut se perdre dans une brume épaisse, courir et s’entendre respirer à l’éclat des chœurs du Requiem, en sortir au charme slave d’une danse de Dvořák, qu’on égayera des notes ensoleillées d’un pianiste cubain. Et puis il faut rire. Et chanter. Et danser en frissonnant à nouveau, comme Ella et Louis, joue contre joue. Il faut tout ça pour comprendre qu’une liberté sans prix, sans limites, incontrôlable, tour à tour apaisante et foudroyante, est donnée à qui reçoit cet écrin en cadeau. Un écrin blanc.

1 Comments:

Blogger Myriam said...

Merci pour cet avant-goût, pour cet amuse-bouche... J'ai transmis à qui de droit - c'est que mon anniversaire s'approche à grands pas... :-)

10:16 PM  

Enregistrer un commentaire

<< Home