vendredi, mars 17, 2006

De l’eau dans le vin plutôt que ...

... dans le gaz. Le clairon du vieux sergent – vos oreilles auront vérifié ce postulat dans le précédent billet – sonne donc haut, fort et clair. Cependant, rien ne dit que ses mélopées, pour audibles qu’elles soient, revêtent un caractère juste et pur. Aussi, le hasard complet de m’être lancé à la charge d’une citadelle que d’autres, pour y être présents, connaissent mieux que moi, commande-t-il que je revienne sur leurs réactions et explicite mon propos, sans pour autant le renier totalement. Mais tout d’abord, il m’apparaît important de remettre les pendules à leur place, en distinguant le contexte plébéien auquel j’assume d’appartenir de celui, patricien, que j’évoque sans prétendre en être, tous deux faisant Rome comme Senatus et Populus ou Romulus et Remus. Que le lecteur soit ainsi rassuré de savoir qu’il ne parcoure pas ici la diatribe d’un aristocrate frustré d’avoir dû prendre le bus un mois dans sa vie cerné par l’amicale des abonnés du magazine Voici, mais bien de celui qui y fut à sa juste place, observateur s’espérant avisé des siens comme de lui-même. Dont acte, digression terminée. C’est pourquoi, à la brûlante virulence des termes que j’ai emprunté et qui auraient pu blesser qui voit dans l’émergence des journaux gratuits (ou qui y participe) une opportunité plutôt qu’une menace, succède un peu de mise en perspective et une nouvelle étape de réflexion, éclairée de la lumière du contradicteur. Bien qu’on soit et reste ce qu’on naît, rien n’empêche le prolétaire comme le bourgeois d’avoir ou pas, d’exercer ou non son sens critique, étant entendu que celui-ci n’est pas fonction d’un quelconque milieu social. Partant, ceci laisse à penser que le danger du préalable fascisant s’estompe dès lors qu’on s’informe du dernier divorce people ou de la nouvelle coiffure de Miss Suisse avec un certain recul, pris au milieu d’autres informations plus substantielles qu’on s’efforcera de déchiffrer, ce dont je crois quiconque être capable. En outre, effectivement, l’histoire nous aura appris qu’on ne peut forcer d’éducation que celle au travail – et encore, uniquement dans des endroits généralement froids et entourés de barbelés – et qu’il est vain de penser contraindre tout un chacun à se cultiver à l’œuvre de Kant traduite en Berndütsch ou pire, à s’amuser en lisant du Cheissex. Quelle cruauté ce serait d’ailleurs ! Au surplus et sans plus de sarcasmes, je n’irai pas pousser l’outrecuidance jusqu’à clamer qu’il existe un bon et un mauvais journalisme, moi qui exerce un métier dont l’éthique (ou son absence c’est selon), ne participe pas tous les jours à créer un monde meilleur. Ainsi peut-on, c’est vrai, discerner une moitié de verre plutôt pleine que vide, en comprenant que le contenu des gratuits vise plus à alimenter les conversations auprès de la machine à café qu’à se substituer à la Pléiade sans qu’il y ait antinomie entre les deux, et sans que les premiers n’anesthésient complètement le désir de lire la seconde et constituent un danger pour la démocratie. On peut même y trouver quelque aspect pratique d’avoir sous les yeux rapidement et simplement quelques-uns des titres de l’actualité qu’on ira développer, mais ailleurs, plus avant. Dommage toutefois que l’emphase soit essentiellement mise sur des sujets souvent très futiles, même si ceux-ci ne constituent pas tout ce qu’il y a à y lire, je l’admets également. Enfin, pour clore brièvement ce long propos qui se voulait plus modéré que le précédent, osons espérer que l’extrême dépendance au financement privé de la presse en général et du gratuit en particulier n’entraînera pas ce dernier, comme en Grande-Bretagne, à racler les fonds de poubelles pour s’arroger une plus belle part du gâteau publicitaire. Un autre débat que nous aurons bien le loisir d’aborder, au long de ces lignes ou d’autres.

3 Comments:

Blogger Myriam said...

Pas de problème, Old Sarge, je ne me suis absolument pas sentie blessée. Puisqu'aussi bien la question mérite d'être posée et débattue. Fondamentalement, je ne crois pas que nos avis soient si éloignés qu'on pourrait le penser de prime abord. J'exprime des espoirs là où vous exprimez des doutes, mais ces doutes sont aussi les miens. Si je mets plutôt les espoirs en avant, c'est parce que j'en ai besoin pour fonctionner au quotidien et me conserver une âme...

Sinon, s'amuser en lisant Cheissex... Ce serait effectivement de la cruauté de haut raffinement!

9:51 PM  
Blogger The Old Sarge said...

Bien d'accord avec vous. Sur tous les points.

Bonne soirée.

9:59 PM  
Blogger David Humair said...

Le Dahu variable pensait que Cheissex était le premier français à être aller dans l'espace

7:48 PM  

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