Mr. Banker
L’aléatoire d’un choix musical qu’on ne fait pas possède ceci de précieux qu’au milieu de séquences habituelles, qu’on souhaite – ou ne souhaite pas – entendre, il fait quelquefois ressortir le spécial. Le génie. Le diamant. Expérience faite il y a quelques instants où est revenu à mes oreilles un morceau plus entendu, plus écouté depuis longtemps. Trop longtemps à en juger par la puissante émotion qui m’a saisi à son écoute. Une émotion dénuée de tout autre lien à la réalité que les paroles et la musique elles-mêmes. Simples. Terribles. Interprétées de telle magistrale manière qu’elles portent en elles un indicible chagrin. Indicible. Un émoi commande alors de s’asseoir, de rejeter la tête en arrière, paupières closes, regard brouillé. Bientôt noyé. Vient d’abord une guitare, six cordes et rien d’autre. Pincées, grattées, slidées sur un tempo lent. Très lent. Funèbre. Tirant dans les aigus pour mieux s’arrêter, comme autant de sanglots qu’on étouffe. Puis une voix, lasse. Fatiguée. Cassée. Non, brisée. Implorante. Suppliante. Qui arrache le cœur, qui déchire l’âme, qui fait pleurer. Qui m’a fait pleurer. Pauvreté nue, à genou d’un dernier espoir, d’une dernière supplique. Ultime sacrifice. Le dénuement maximum offert à la quête d’une décence minimum. Cinq minutes et dix-huit secondes d’une tristesse presque désincarnée. D'authentique génie.
Mister Banker, Mister please
Mister Banker, Mister please
How much does money mean
Won't you reconsider Mister
Won't you do this thing for me
Ain't got no house
Ain't got no car
All I got, Lord, is my guitar
But you can have that Mister banker
Won't you bury my papa for me
Oh Mister banker please
Listen to how that sound
I would not be here on my knees
But hey Mister banker
It means so much to me
Oh won't you reconsider Mister
Won't you do this thing for me
I told you Mister
I ain't got no house
Ain't got no car
I got me a 1950 Les Paul guitar
Won't you take it Mister banker
Won't you bury my papa for me
Oh Mister banker please
Rossington, Van Zant & King - Lynyrd Skynyrd

3 Comments:
J'adore cette façon que tu as de te laisser emporter par la musique. Celle-ci pénetre loin dans l'arrière de nos lignes. Elle fait vibrer, elle fait trembler. Il y a des morceaux qui me serrent tellement la gorge que je ne peux presque plus respirer. Exemple: duo entre Zucchero et Sheryl Crow pour la chanson "Blue". Glups!!
Vous avez le don de parler de musique en musique. Il y a une touche d'infini dans ce que vous écrivez - comme ces miroirs qui se font face, mais des miroirs interactifs, vivants. Emue...
Vous êtes trop bons avec moi. Après tout, c'est l'origine de ces émotions qui mérite tous les éloges. Tout viens de là. Je ne suis ici qu'un bien modeste messager, très touché par vos propos.
Enregistrer un commentaire
<< Home