mardi, avril 18, 2006

Canis vulgaris

Il est des choses, des comportements qu’on ne comprendra jamais vraiment. Au hasard de deux évènements du week-end pascal je me suis donc trouvé confronté à l’incompréhensible. Le premier, un long jogging en forêt et le second, une halte, une pause sur une de ces places de jeu pour enfants. L’un aurait pu être profitable et l’autre plaisante, n’était l’incommensurable sottise, l’insondable abysse de bêtise, l’infinie stupidité d’individus que les lois et ceux qui les font s’acharnent à protéger. Sans vouloir revenir sur une polémique encore brûlante même si j’y reviens quand même (allez comprendre le paradoxe…) je me suis donc retrouvé dimanche dans la forêt, à courir après ma gloire passée que j’ai trouvé encore bien présente, au demeurant. iPod™ aux oreilles, Hydrastorm™ au dos me voilà cheminant dans un bonheur salé de sueur. Jusqu’au croisement de premiers civils pas très civils. Leurs multiples canidés en liberté (notez, j’ai rien contre tant que…), la laisse nonchalamment jetée autour de la nuque à la manière d’un certain docteur télévisé, loin, très loin du ‘tant que…’ susdit, en fait. Corollaire immédiat de la nonchalance humaine, la bête retrouve son instinct, détecte sa proie et s’y attaque. Rappelez vos bêtes ! Pas de réaction. Rappelez vos bêtes !!! Toujours pas de réaction, ou si peu, et si tardive. Il aura fallu se débattre, prendre une attitude menaçante à l’égard des toutous, puis les repousser, puis les frapper, pour se faire taxer in fine de sauvage, de tortionnaire du meilleur ami de l’homme. Et que la forêt est à tout le monde. Et que je n’ai qu’à aller courir ailleurs (où ? Sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute ?). Et que c’est mon attitude de coureur ostentatoire qui excite les chiens. Et caetera, à l’avenant. Après une bonne grosse explication et quelques copieuses insultes plus tard, on arrive au lundi. En famille cette fois dans un endroit où le Vieux Sergent ne dérange plus personne depuis bien longtemps. Seul subsiste un vague risque d’insolation. Et bien non. Autant le jogger ennuie le canis vulgaris dans la forêt, autant les pires spécimen de son ordre semblent s’inviter en bienvenus sous les toboggans, entre les balançoires. Malheur alors au gosse qui prend peur et malheur aux parents qui s’en vont alors rappeler à l’autre bout de la laisse son moindre devoir de bienséance et de cession de priorité. C’est reparti pour un tour : « Y’a une loi qui interdit à mon chien de se promener où il veut ? ». Que répondre à ça ? Comment comprendre l’incompréhensible ? Et quand bien même y en aurait une, de loi, qui la ferait appliquer ? Il faudrait fliquer forêts et places de jeu, qui plus est un jour férié ? Infaisable. Tout le monde le sait et personne n’en voudrait de toute façon. Moi compris. Alors quoi ? Faire le poireau en attendant de se faire bouffer, voir son gosse crever de trouille à un endroit qui est le sien avant de se faire mordre ? Annoncer ensuite "l'incident" au vétérinaire le plus proche. Qui avisera les autorités. Les autorités de quoi ? La seule autorité que je vois ici c’est celle du plus fort. Celui qui mord. Faut-il dès lors, faute de responsabilité personnelle des uns, que les autres joggent Spyderco™ en main, prêts à mettre définitivement hors d’état de nuire un chien qui fondamentalement ne peut lutter contre son instinct ? Faut-il se munir de son ASP™ pour pousser ses petits sur leur balançoire ? S’apprêter à faire jaillir quelques bons centimètres d’acier sur un museau probablement innocent mais assurément hors de tout contrôle autre que celui de la contrainte ? Comment comprendre que l’homme épris de liberté que je suis doive s’en retourner à l’âge de pierre, à des usages qui prévalaient en leur temps à l’ouest du Pecos, pour s’offrir le droit d’une course en forêt, d’une halte au cheval à bascule ? J’ai essayé de comprendre. J’ai tourné et retourné la question. Sans y trouver la moindre réponse. Mais je suis sûr d’une chose que les libertaires oublient, préférant se gausser des gens comme moi qu’ils auront tôt fait de traiter à tort de fasciste : il n’existe pas de liberté sans responsabilité. Et qu’il est facile d’oublier sciemment la seconde pour mieux réclamer la première comme un dû…

4 Comments:

Blogger Myriam said...

Canis vulgaris ou homo vulgaris? Je partage l'entier de votre billet, ayant eu moi-même maille à partir avec les deux spécimens ici cités, et certainement votre conclusion sur la liberté et la responsabilité, dont l'une ne saurait aller sans l'autre.

Le meilleur, quand un molosse toutes babines retroussées bave sur vos Nike™, c'est encore cette phrase: "Meuh non, il est pas méchant! Il veut juste jouer!" Sic...

12:03 AM  
Blogger David Humair said...

Pour ma part, expérience faite, le spray est une arme redoutable! Jogger avec un spray. Et si l'animal au bout de la laisse (non, à l'autre bout!) réplique, tu lui demandes si il en veut aussi une giclée!!
Un de mes amis a une fois assomer un chien de ferme avec un piquet à neige!!
Le plus gros problème est lorsque tu es avec des enfants. Tu dois gérer le chien qui se fait menancant, les enfants qui pleurent et la mère qui s'agite!! Murphy dans toute sa splendeur!!

Je répète, le spray est radical!

1:22 PM  
Blogger The Old Sarge said...

Ah le "meuh non, il est pas méchant ! Il veut juste jouer!"... C'est l'arme rhétorique suprême de l'homo à canis, qu'on entend répétée par monts et vaux, en boucle. Tu parles Charles (difficile de faire rimer Mafalda avec 'tu parles') qu'on s'amuse. Sic... Sick, ouais. Quand aux choix que Variable me propose... entre les deux mon coeur balance. Vais-je jogger muni d'un spray au poivre ou... d'un piquet à neige ?

Avec le poids et l'artillerie que je trimballe déjà on ne se croit plus à l'Aarelauf, on y est ;-)

1:45 PM  
Blogger David Humair said...

Et comme on est dans le latin, je ne peux m'empêcher de citer mon maître à penser: Testis unus, testis nullus : on ne va pas bien loin avec une seule couille. [Pierre Desproges]

1:10 PM  

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