Il a sonné dix heures
Il a sonné dix heures au clocher du village, tout proche. Dix coups ont tinté au clocher d’une soirée qui débute, se poursuit ou se termine. J’étais sur la terrasse, appréciant la douce fraîcheur de cette pluvieuse soirée de printemps lorsqu’ils m’ont surpris. Lorsqu’ils ont interrompu mes rêveries. Et il en viendra d’autres. A chaque nouvelle heure. Diurne ou nocturne. Combien de nuit d’insomnies, d’arrivées tardives furent rythmées au son du bronze villageois ? De miennes, il en fut quelques unes. Combien de réveil ? Volontaires ou non. Combien de fois le carillon a-t-il résonné depuis le VIème siècle fondateur ? Combien d’âmes aura-t-il raisonné ? Combien ? Les cloches, pour qui vit à leur proximité immédiate, suscitent invariablement ou inclinaison ou aversion. Jamais d’indifférence. Il y a les disciplinés pour qui sonnent l’Angélus et le Sanctus. Les tristes, les inconsolables pour qui sonne le glas. Les prudents, les angoissés, les catastrophés, ceux pour qui sonne le tocsin. Il y a les écoliers pour qui sonne le carillon d’une récréation attendue. Il y a ceux qui y voient du charme. Celui d’une campagne rythmée à l’ancienne. Où le beffroi ramène les pressés à l’heure qu’il est au moment où il sonne. Où il rappelle aux retardataires celle qu’il était, mais trop tard. Et puis il y a les autres, ceux qui y voient du bruit, un dérangement. Une intolérable intrusion dans le silence de leurs nuits. Comme souvent l’est pour ceux-ci le chant du coq du matin, d’ailleurs. Autant de bris de sommeils qui, eussent-ils été justes, n’eurent peut-être pas été rompus. Qui sait ? Ces cloches, je les aime. J’aimais, au retour de nuits de travail, entendre le carillon me dire le peu qu’il me restait à dormir J’aimais l’entendre au matin, se moquer – le coquin – de mon teint peu frais et dans le même temps honorer la vaillance de ceux qui se lèvent. J’aime sortir sur la terrasse aux heures pleines. Juste pour l’entendre. Juste pour me rappeler que l’agitation du monde est rythmée ici de la même façon depuis plus de 1400 ans. Qu’une heure est une heure. Qu’on en fait ce qu’on veut. Ce qu’on peut. Et par-dessus tout, faisant entorse au régime du catholique que je suis, je me réjouis que ce coin de pays qui m’offre l’hospitalité depuis tant d’années soit protestant. Eh oui, si les cloches ont sonné ce soir c’est qu’elle ne sont pas parties pour Rome…
Joyeuses Pâques à tous, brillants lecteurs.
Joyeuses Pâques à tous, brillants lecteurs.
Votre Vieux Sergent.

3 Comments:
il vient de sonner 0030. Je sors de Basic Instinct II, les sens en éveil. Il a sonné 0030, je n'ai pas sommeil! Bonne nuit à toi, mon vieil ami!
Je viens de relire ton message, il est 1100. Les cloches de la cathédrale ont sonné à toute volée. Un bruit profond mêlé d'aigü (pour la plus petite) et de grave (pour la plus grosse). Ton billet est vraiment fin et subtile. Bravo! Quelle belle transmission de ces petites choses, ces petits bruits qui rythment la vie de qui sait les entendre!
Et que cela continue! Que la grosse cloche sonne! ;-)
Très beau billet, oui. Le concert des cloches est pour moi lié aux souvenirs, comme toute musique par ailleurs. Et au présent, comme si on nous rappelait de goûter l'instant. Et aux souvenirs du futur: les cloches, au printemps, c'est l'envie de franchir les Alpes, pour aller les écouter dans une des ces villes à la lumière dorée...
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