Septante mille pas, environ. Bis.
Mettant fin ici à plus d’un mois d’absence épistolaire – absence qui sera expliquée plus avant dans un prochain billet – je reviens sur mes pas au double sens du terme pour dire et redire quel fut le bonheur d’une longue et belle ballade dominicale, partagée en bonne compagnie. Prévue de longue date après une dernière occurrence avérée il y a précisément un bail, celle-ci devait, à l’origine, voir se réunir et cheminer un gratin fait d’amis gris-vert divers. De gris-vert il ne fut que peu question, mais d’amitié, oui.
En piste donc.
Un lever dans l’aube, celle qui suit les nuits d’orage où chaque détail de l’horizon est mieux souligné, quelques kilomètres de bitume enroulés et voici les retrouvailles, l’heure pour le trio de laisser dans son dos un bucolique village vaudois comme il y en a tant. Passé un premier rectiligne bordé de champs de seigle qui rappellent le retour du général romain dans son fief du Latium, arrive une première pente légère qui conduit à un pont de bois. Rapides à gauches, marmites à droites et senteurs de sureau. Un sureau qui conduit les grands enfants à partager les souvenirs du temps où ils l’étaient moins. Quelques faibles courbes de niveau plus tard, on retrouve seigle et blé - cousins qu’une simple route sépare - et s’offre un point de vue nouveau sur celui qui était nôtre à l’heure du départ. De fermes en minuscules hameaux, d’anciennes maisons bourgeoises en chapelles-écoles arrive l’heure du premier thé. Celui-ci fut servi par un vieux soldat affable et jovial autant qu’anachronique qui invita les chalands à constater le fumet d’alcool de pruneau rendu par la citerne d’une eau qui se voulait pourtant désaltérante. Exit l’anachronisme et bienvenue au pays où rien ne change. Quelques minuscules grenouilles nous accompagnent alors vers les premières portions ombragées, vers le prochain village. Après une douzaine de kilomètres, les premières amorces de cloques se font sentir, chaloupant des démarches auparavant sûres. C’est aussi le moment de décharger le sac à dos du poids de la subsistance qui le garnit, histoire d’équilibrer les yin et yang du pèlerin. Le deuxième ravitaillement passé, s’entame une montée abrupte puis plus douce dans un paysage de forêt canadienne où un certain œil aiguisé aura détecté la course effrayée d’une belette, préférant l’ombre des troncs empilés à notre compagnie. La moitié de la boucle à parcourir nous tend ses bras et s’apprête à offrir à la contemplation un splendide étang garni de troncs immergés que côtoient quelques nénuphars. Les jambes se font maintenant plus lourdes et douloureuses, tout comme l’astre du jour se met à cogner et faire tourner les têtes. Mais comme la nature est bien faite, une portion d’ombre agrémentée de jolis champs de myrtilles vient tempérer les ardeurs de ce dernier et permettre aux marcheurs de récupérer leurs forces avant de bénéficier d’un nouveau panorama à l’arrière-plan duquel on devine le pays gruérien. Le dernier point de contrôle franchi, il subsiste encore une dizaine de milliers de pas à poser l’un devant l’autre qui deviennent, de l’un à l’autre, autant de lits de clous sur lesquels les improbables et mal préparés fakirs continuent de cheminer. L’eau vient alors à manquer, la foi à tanguer, mais le but est proche. On croise alors de jeunes soldats - très chroniques eux - nonchalamment vautrés sous un parasol, en plein exercice de leur service à la patrie, qui nous indiquent avec force déni de responsabilité ne pas être un checkpoint. Comme si on avait pu en douter. Retour à la civilisation au travers d’un village garni de multiples drapeaux quadriennaux qui indique aux chevaux usés par ce parcours de labeur que l’écurie est proche. Ne reste plus qu’une longue descente casse-pattes, suivie des ultimes mille mètres, tous en montée, et la délivrance arrive. Sept heures trente de belles conversations, de paysage sublimes, de fragrances et de couleurs chatoyantes. Sept heures trente de la douce compagnie de bonnes personnes qui n’avaient rien à gagner à se lever si tôt pour se faire si mal. Si ce n’est le plaisir d’un réveil, le lendemain, où l’on se sent bien vivant, la tête pleine de beaux souvenirs, prêt à en remettre une couche. Plus prêt que jamais en fait. On est peu de chose sous le ciel. Et tellement, en même temps. Merci à tous deux pour ce vrai bonheur. Et bravo.
En piste donc.
Un lever dans l’aube, celle qui suit les nuits d’orage où chaque détail de l’horizon est mieux souligné, quelques kilomètres de bitume enroulés et voici les retrouvailles, l’heure pour le trio de laisser dans son dos un bucolique village vaudois comme il y en a tant. Passé un premier rectiligne bordé de champs de seigle qui rappellent le retour du général romain dans son fief du Latium, arrive une première pente légère qui conduit à un pont de bois. Rapides à gauches, marmites à droites et senteurs de sureau. Un sureau qui conduit les grands enfants à partager les souvenirs du temps où ils l’étaient moins. Quelques faibles courbes de niveau plus tard, on retrouve seigle et blé - cousins qu’une simple route sépare - et s’offre un point de vue nouveau sur celui qui était nôtre à l’heure du départ. De fermes en minuscules hameaux, d’anciennes maisons bourgeoises en chapelles-écoles arrive l’heure du premier thé. Celui-ci fut servi par un vieux soldat affable et jovial autant qu’anachronique qui invita les chalands à constater le fumet d’alcool de pruneau rendu par la citerne d’une eau qui se voulait pourtant désaltérante. Exit l’anachronisme et bienvenue au pays où rien ne change. Quelques minuscules grenouilles nous accompagnent alors vers les premières portions ombragées, vers le prochain village. Après une douzaine de kilomètres, les premières amorces de cloques se font sentir, chaloupant des démarches auparavant sûres. C’est aussi le moment de décharger le sac à dos du poids de la subsistance qui le garnit, histoire d’équilibrer les yin et yang du pèlerin. Le deuxième ravitaillement passé, s’entame une montée abrupte puis plus douce dans un paysage de forêt canadienne où un certain œil aiguisé aura détecté la course effrayée d’une belette, préférant l’ombre des troncs empilés à notre compagnie. La moitié de la boucle à parcourir nous tend ses bras et s’apprête à offrir à la contemplation un splendide étang garni de troncs immergés que côtoient quelques nénuphars. Les jambes se font maintenant plus lourdes et douloureuses, tout comme l’astre du jour se met à cogner et faire tourner les têtes. Mais comme la nature est bien faite, une portion d’ombre agrémentée de jolis champs de myrtilles vient tempérer les ardeurs de ce dernier et permettre aux marcheurs de récupérer leurs forces avant de bénéficier d’un nouveau panorama à l’arrière-plan duquel on devine le pays gruérien. Le dernier point de contrôle franchi, il subsiste encore une dizaine de milliers de pas à poser l’un devant l’autre qui deviennent, de l’un à l’autre, autant de lits de clous sur lesquels les improbables et mal préparés fakirs continuent de cheminer. L’eau vient alors à manquer, la foi à tanguer, mais le but est proche. On croise alors de jeunes soldats - très chroniques eux - nonchalamment vautrés sous un parasol, en plein exercice de leur service à la patrie, qui nous indiquent avec force déni de responsabilité ne pas être un checkpoint. Comme si on avait pu en douter. Retour à la civilisation au travers d’un village garni de multiples drapeaux quadriennaux qui indique aux chevaux usés par ce parcours de labeur que l’écurie est proche. Ne reste plus qu’une longue descente casse-pattes, suivie des ultimes mille mètres, tous en montée, et la délivrance arrive. Sept heures trente de belles conversations, de paysage sublimes, de fragrances et de couleurs chatoyantes. Sept heures trente de la douce compagnie de bonnes personnes qui n’avaient rien à gagner à se lever si tôt pour se faire si mal. Si ce n’est le plaisir d’un réveil, le lendemain, où l’on se sent bien vivant, la tête pleine de beaux souvenirs, prêt à en remettre une couche. Plus prêt que jamais en fait. On est peu de chose sous le ciel. Et tellement, en même temps. Merci à tous deux pour ce vrai bonheur. Et bravo.

3 Comments:
Tout le plaisir est partagé. Superbe moment de dépassement de soi-même, à froid, sans trop se poser de questions. La Vie est faite de perpétuelles recherches de limites. Limites qui montrent toujours que l'esprit est le plus fort et pourra toujours faire avancer le corps en allant puisé dans les dernières réserves.
Partager ce moment à deviser sur le sens de la vie, le diamètre des cloques et la couleur des myrtilles, tout en marchant sur le chemin de Nazareth (!!) était un réel plaisir. Je t'enverrai les photos!! Bravo à toi aussi!!
Bon retour! Heureuse de te savoir à nouveau parmi nous... :-)
Ce brave Aymard... Quel plaisir de voir votre commentaire si prompt après une si longue absence de ma part. Toutefois je suis bien navré de vous décevoir, mais tout Vieux Sergent que je suis, je n'ai pas remis de tenue d'assaut, pas plus d'ailleurs qu'affolé les filles de fermes, hélas fort peu nombreuses et somme toute peu démonstratives.
Il n'était que question d'amitié, une amitié née dans le gris-vert et cultivée par la suite dans le multicolore. Le genre de truc que les antimilitaristes n'aiment pas entendre, tant ceci restitue la réalité d'une vraie 'Kameradenschaft' qu'ils se bornent à ignorer en se persuadant à tort qu'elle n'existe pas. C'était une belle ballade peuplée majoritairement de familles et de civils, contredisant tous les méchants préjugés que peuvent avoir les béotiens qui préférent défiler en braillant sous un drapeau Pace et sur des parcours moins longs (parce que merde marcher ça fait mal aux pieds). Il n'y avait ce dimanche rien à revendiquer. Juste à profiter d'un prétexte même pas vraiment militaire pour écouter les oiseaux chanter et, la fatigue physique aidant, sentir la nature plus proche, faire corps avec elle. Un truc qui devrait plaire à l'héritier d'un oiseleur, non ?
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