dimanche, avril 30, 2006

Sagesse du dimanche matin


"Never argue with imbeciles. They'll drag you down at their level and beat you with experience."

samedi, avril 29, 2006

Sagesse du samedi soir


"Never argue with ugly people. They have nothing to lose."

vendredi, avril 28, 2006

Alléluia

…hosanna, au plus haut des cieux. C’est maintenant une quasi certitude, la Squadra Azzurra sera championne du monde cet été en Allemagne !!! Qui le dit ? Les bookmakers britanniques ? La Gazzetta ? Elizabeth Teissier ? Moi ? Non, non, non, non, non. Vous n’y êtes pas. Mais alors pas du tout. C’est bien plus réfléchi, bien plus sage, bien plus fiable que tous ces derniers réunis. Comme rapporté hier par la Pravda de Kalvingrad-la-Grise, imaginez, bien chers lectrices et lecteurs (et pour ce faire il est tout indiqué que vous restassiez assis) que ce pronostic, que dis-je, cette prédiction est le fait – tout de sérieux, de professionnalisme et de succès garanti qui la caractérise – d’une équipe d’analystes financiers de l’UBS. Permettez-moi donc, dans le souci d’apporter une crédibilité journalistique à mes dires (et de ne pas me faire traiter de doux illuminé par la même occasion) de citer un extrait de l’article du journal susdit dans son édition d’hier : « Les cellules d'analyse de la banque suisse UBS sont reconnues dans le monde entier pour leurs prédictions sur les marchés boursiers, leurs perspectives économiques. Des «pronostics» issus d'outils statistiques de calculs mathématiques ou de comparaisons géopolitiques. Forts de leur expérience, et peut être gagnés par l'euphorie de la qualification de l'équipe suisse à ce championnat du monde organisé en Allemagne, les analystes de l'UBS ont décidé d'utiliser leur science pour établir des pronostics sur cet événement planétaire. Foin de théorie, voilà tout de go leurs conclusions scientifiques: l'équipe italienne sera victorieuse contre le Brésil en finale et sera donc sacrée championne du monde. Les stratégistes offrent ensuite au public impatient l'entier de leur simulation en prédisant que la Hollande perdra contre le Brésil en demi finale, un sort partagé par l'Argentine contre l'Italie ». Quand on connaît le succès commercial de l’établissement en question, jamais démenti depuis des lustres et encore confirmé ce printemps, l’on présume que celui-ci se construit sur des prédictions d’une fiabilité toute vérifiée. Fiabilité dont les banquiers/prophètes tentent de nous re-persuader en invoquant les prédictions passées, étalées sur les neuf précédentes éditions de la coupe du monde, avérées correctes dans 89% des cas pour ce qui concerne les demi-finalistes. Oui, oui, oui. Je vous vois venir. Il subsiste le risque d’une distribution statistique différente dans les confrontations des équipes constituant le dernier carré. Et 89% ne sont pas 100%. Et bla, bla, bla. Si vous voulez. Mais admettez que ça le fait, que ça en jette. L’UBS nous dit que l’Italie sera championne du monde ! Merde. C’est quelque chose, croyez-moi. Quand elle me dit que les taux hypothécaires vont monter, ils montent. Quand elle m’indique une baisse à venir sur les options et m’invite à vendre, je n’ai pas vendu qu’aussitôt il y a baisse. Quand elle me dit que – bon client que je suis – je suis exempt de frais de tenue des comptes, elle me les facture quand même ;-) Remarquez, pour les non-tifosi et pour tous les autres qui sont comme la fosse, ils peuvent toujours faire comme chez le médecin et demander un second avis à George Soros, peut-être a-t-il une vision différente du résultat, qui sait ? Quand à moi, je me contenterai de crier sous les étoiles que rien que pour ça, M. Ospel mérite bien son salaire. D’ailleurs si la prédiction se réalise au soir du 9 juillet prochain, j’enverrai une invite à l’assemblée des actionnaires pour qu’on le lui double et qu’on arrose à mes frais l’équipe d’analystes qui a pondu le pronostic. Le souvenir de Santiago Bernabéu vaudra bien ça.

mercredi, avril 26, 2006

Etat d’âme

Miroir des vanités,
Comme je te regarde,
Mon reflet tu lardes,
Et ne me donnes que vérité,

Mirage de l’unité,
De la cité sarde,
Le souvenir me tarde,
Et ne m’apporte que regrets,

Miracle de l’imaginé,
Si attendu, tant espéré,
De l’armure d’airain tu me bardes,

Mirabilis, ô enchantée,
Puisse à ta clarté,
Le bronze ne point devenir harde.

lundi, avril 24, 2006

Mr. Banker

L’aléatoire d’un choix musical qu’on ne fait pas possède ceci de précieux qu’au milieu de séquences habituelles, qu’on souhaite – ou ne souhaite pas – entendre, il fait quelquefois ressortir le spécial. Le génie. Le diamant. Expérience faite il y a quelques instants où est revenu à mes oreilles un morceau plus entendu, plus écouté depuis longtemps. Trop longtemps à en juger par la puissante émotion qui m’a saisi à son écoute. Une émotion dénuée de tout autre lien à la réalité que les paroles et la musique elles-mêmes. Simples. Terribles. Interprétées de telle magistrale manière qu’elles portent en elles un indicible chagrin. Indicible. Un émoi commande alors de s’asseoir, de rejeter la tête en arrière, paupières closes, regard brouillé. Bientôt noyé. Vient d’abord une guitare, six cordes et rien d’autre. Pincées, grattées, slidées sur un tempo lent. Très lent. Funèbre. Tirant dans les aigus pour mieux s’arrêter, comme autant de sanglots qu’on étouffe. Puis une voix, lasse. Fatiguée. Cassée. Non, brisée. Implorante. Suppliante. Qui arrache le cœur, qui déchire l’âme, qui fait pleurer. Qui m’a fait pleurer. Pauvreté nue, à genou d’un dernier espoir, d’une dernière supplique. Ultime sacrifice. Le dénuement maximum offert à la quête d’une décence minimum. Cinq minutes et dix-huit secondes d’une tristesse presque désincarnée. D'authentique génie.

Mister Banker, Mister please
How much does money mean
Won't you reconsider Mister
Won't you do this thing for me
Ain't got no house
Ain't got no car
All I got, Lord, is my guitar
But you can have that Mister banker
Won't you bury my papa for me
Oh Mister banker please
Listen to how that sound
I would not be here on my knees
But hey Mister banker
It means so much to me
Oh won't you reconsider Mister
Won't you do this thing for me
I told you Mister
I ain't got no house
Ain't got no car
I got me a 1950 Les Paul guitar
Won't you take it Mister banker
Won't you bury my papa for me
Oh Mister banker please

Rossington, Van Zant & King - Lynyrd Skynyrd

dimanche, avril 23, 2006

Cavalino Rampante

Ecarlate,
Maroquin
Cramoisi,
Lanterne
Cinabre,
Globule
Carmin,
Chaperon
Vermeil,
Ecrevisse
Coquelicot,
Rubis,
Sang,
Homard,
Pivoine,
Hémione,
Tomate,
Boulet,
Infra,
Téléphone,
Alerte,
Piste,
Liste,
Carton,
Octobre,
Etoile,
Voir,
Ardent,
Clair,
Cramoisi,
Eclatant,
Flamboyant,
Foncé,
Franc,
Pâle,
Pompéien,
Pur,
Safrané,
Sombre,
Tendre,
Vif,
Vineux,
Feu…

Rouge. Rouge !

Il est mis. Il est remis. Le rouge est mis. Forza Ferrari !

samedi, avril 22, 2006

La borne des mille

Un coup de fil. Amical. Matinal mais juste pas trop. Un : « Devine d’où je t’appelle » rhétorique du meilleur escient, suivi d’un point d’interrogation bien vite dissipé par la rapidité de la réponse : « De la borne des mille » ! De la borne des mille. Cinq mots. Deux secondes. Quinze ans. Mes yeux clos revoient, dans l’immédiateté de l’instant, un pic entamant sa découpe sur le ciel de l’aube, comme dans le tableau de Hodler. « Si tu voyais le Stockhorn en arrière-plan, c’est magnifique » entends-je alors, comme si la réalité présente rejoignait celle du passé. Le Stockhorn. Comme un veilleur. Toujours là. Eternel. Couvrant d’ombre les vallées. Surplombant la plaine de sa majesté. Offrant sa silhouette aux premiers regards du matin. De la borne des mille. Un évanescent souvenir me caresse alors. De la borne des mille. Depuis quand n’ai-je plus entendu prononcé le nom de ce lieu ? Des âges. Il me semble presque que c’était hier, pourtant. De la borne des mille. Une borne. Une ligne qui n’existe que dans l’esprit de ceux qui l’ont un jour franchie. Un mât qui regarde passer les marcheurs comme les phares le font des bateaux qui doucement glissent devant l’œil unique de leur lampe. Une balise. Un endroit anonyme qui dit « Courage ! » à l’aller et « Bravo ! » au retour. La place où l’on laisse, au matin, des espoirs qu’on retrouvera le soir, la nuit venue. De la borne des mille. De la borne des mille, on se régale de Hodler en allant vers le sud, les épaules chargées du poids de la journée à venir et on voit poindre, lorsque celle-ci est venue, des lumières vacillantes traçant le rectiligne du nord. Ultime mais interminable. Interminable mais béni, parce qu’ultime. Combien de fois la borne des mille m’a-t-elle regardé la passer ? Combien de fois ai-je dressé les yeux sur son mât ? Et d’autres avec moi. Cent fois ? Peut-être plus. Qu’importe. Je ne la franchirai plus maintenant. Je ne goûterai plus à la poussière qui s’y soulève. Mais je l’ai fait. On l’a fait. On y était. Tu y étais ce matin. Et tu as eu cette pensée pour moi. Tu m’y as ramené. J’y suis revenu. A la borne des mille. Merci.

jeudi, avril 20, 2006

Reveille

Toi qui ceci liras,
Sur ce lien alors cliqueras,
Lorsque du sommeil sortir tu voudras.
La mélodie ainsi tu entendras,
Au Vieux Sergent tu penseras,
En douceur donc te réveilleras,
Et pour la journée le coeur léger tu auras.

Sagesse congolaise

« Il vaut mieux être accueilli par quelqu’un à bras ouverts que par personne à Brazzaville ».

Kurt Mebone

mercredi, avril 19, 2006

Irrationalité économique

Alors là, j’incline bien bas mon chapeau, son aigrette en plume de coq et tout le fourbi qui va avec. Je m’agite et gesticule tel Don Salustre devant sa reine et poursuit en de frénétiques génuflexions et applaudissements. Des deux mains, je salue à tout rompre un nouvel acte de défiance aux limites quantiques de la connerie. Preuve que le génie de l’homme en la matière demeure pétri de larges ressources dont l’esprit le plus imaginatif ne saurait commencer à entrapercevoir la vaste étendue. Or donc, pour ceux qui ne le sauraient pas, le Vieux Sergent travaille pour gagner sa vie. Non pas que ce soit spécialement de bon goût, je vous le concède, mais c’est ainsi. Je travaille donc pour vivre – comme beaucoup le font – au service d’autres qui me font travailler pour vivre. Et en bon sergent discipliné que je suis, j’exécute ma mission jusqu’au bout, dans le respect de ses lois économiques visant à générer un profit supérieur à celui qui prévalait antérieurement dans la société qui m’emploie. Jusque là, rien que de très normal direz-vous. En postulant donc du profit économique comme d’un but en soi et sans préjuger de sa pertinence sociale ou morale, on est forcé d’admettre que pour atteindre ce but (et n’importe quel autre but en fait), des moyens sont nécessaires. On est également forcé d’admettre, toute choses étant égales par ailleurs, que le profit ne se génère qu’à la condition que les produits soient supérieurs aux charges. Bref, passons. Arrive un jour il y a de ça quelques mois où mon employeur, pour rendre service à un de ses clients, embauche un collaborateur dont ledit client ne voulait plus, pensant que ce coup de main induirait de possibles nouvelles affaires. Pourquoi pas ? Cette embauche ne correspondant toutefois à aucun réel besoin – exit une quelconque opportunité de facturation donc –, il se posa très vite deux questions essentielles. La première relevant de l’occupation du nouvel arrivé. Qu’allait-il faire à part percevoir son salaire ? La seconde relevant de la répartition de la charge extraordinaire que ce dernier ferait peser sur le résultat. Sur quelles unités économiques de l’entreprise le fardeau supplémentaire reposerait-il ? Réponse de l’employeur à ces questions : « Yaka l’envoyer chez tel client X, j’ai entendu qu’il y a surcharge de travail là-bas ». Question du Vieux Sergent : « OK, mais comme on ne peut pas le facturer, où impute-t-on le surcoût occasionné ? ». Réponse de l’employeur : « Voyez ça avec le directeur financier, peu importe, ça sera vite amorti avec les nouveaux contrats qu’on va décrocher grâce à mon audacieuse manœuvre ». Le directeur financier étant une sous-espèce de psychopathe avec qui une conversation autre que « Bonjour » et « Au revoir » est impossible à tenir, le cas fut par lui seul réglé. Neuf mois et pas un nouveau contrat plus tard, resurgit le problème de la perte, du poids de la charge non compensée par un produit équivalent ou supérieur. Se réunit alors le comité de direction durant lequel il est statué sur cette affaire. Il en ressort que la direction financière aura coupé au plus simple en impactant le fameux client X du poids de cette nouvelle charge (qui dans les faits ressemble plus à un investissement qu’à une charge si on y regarde de plus près) amenant à la publication locale d’un résultat négatif pour ce dernier. Logique élémentaire, les charges étant devenues auprès de celui-ci supérieures aux produits. Grosse interrogation entre la poire et le fromage : « Que faire d’un client déficitaire depuis neuf mois ? ». La réponse arrive avec le café : « Yaka dénoncer le contrat puisqu’il ne rapporte plus rien ». Dont acte. Vox domini, vox Dei. En lieu et place d’admettre le fourvoiement de l’option initialement retenue et de se séparer du collaborateur économiquement improductif malgré lui, il me fut donc demandé aujourd’hui de dénoncer un contrat profitable depuis six ans et d’envoyer cinq personnes au chômage sous le prétexte que la société perd de l’argent. Du tout grand art dans l’incurie managériale, dans la gestion financière à l’emporte-pièce, dans la plus sublime et monumentale bêtise. Ainsi, se lever chaque matin pour se voir entouré de si tristes sires, s’appliquer à les faire devenir riches pour qu’aussitôt ils s’en empêchent, contrevenant à leur plus simple intérêt et par ricochet au mien et à celui des forces vives de leur entreprise, tout cela me dépasse. Comment un groupe « dirigeant » une entreprise jusqu’ici pérenne peut-il parvenir à stade si avancé de débilité mentale ? Il faut le voir pour le croire. Mon prochain billet pourrait bien prendre la forme d’un CV…

Errare humanum est, sed perseverare diabolicum.

mardi, avril 18, 2006

Doublons à échanger

Pour les fans de Star Wars,
2 emblèmes ‘FIFA World Cup Germany 2006’.
N°4

Pour les amoureux du charme bucolique de la Ruhr,
2 stades de Gelsenkirchen.
N°8

Pour les adorateurs de Panzer-Fussball uniquement,
Le portrait de la Mannschaft au grand complet.
N°17

Pour ceux qui me citeront sans faillir la capitale du Costa Rica,
Un certain Walter Centeno.
N°47

Pour les tillmanniens avertis,
1 Frank Lampard et 2 Michael Owen.
N°106 et 110

Pour les royalistes scandinaves et autres aristocrates,
2 boucliers frappés d’une croix d’or sur fond d’azur.
N°151

Pour ceux qui ne pleuraient pas avec moi le 25 juin 1978,
Les lauriers de l’AFA.
N°170

Pour ceux qui parlent le serbo,
Le timide sourire de Dragan Mladenovic.
N°218

Pour les gourmets amateurs de bacalau en sauce,
Le double menton de Nuno Valente.
N°288

Pour ceux qui préfèrent deux photos sur une vignette,
Les ghanéens John Pantsil et Emmanuel Pappoe.
N°315

Pour assouvir une soudaine fièvre de ‘Joga Bonito’,
1 Juninho et 1 Kaka.
N°389 et 392

Pour ceux qui parlent le croate,
Le sourire timide de Niko Kranjcar.
N°407

Pour un bon départ de feu dans la cheminée ;-),
Les 3 F surmontés du gallinacé.
N°455

Pour ceux que séduit l’exotisme asiatique,
Le coréen Anh Jung-Hwan.
N°509

Pour ceux dont le pendule oscille un peu moins à l’est,
L’équipe d’Ukraine et son numéro 7 qui joue en club dans la mauvaise équipe.
N°549

Pour ceux qui passeront leur été à Djerba ou Hammamet,
Adel Chadli et Imed Mhadhebi.
N°579 et 585

Et pour les anthropologues du football,
Mabrouk Zaid et Saheb Al Abdullha.
N°589

A échanger contre des équivalences dont vous tous, très chers et non moins nombreux lecteurs et lectrices, n’auriez plus l’usage. Faire offre sous rubrique 'Commentaires'.

Canis vulgaris

Il est des choses, des comportements qu’on ne comprendra jamais vraiment. Au hasard de deux évènements du week-end pascal je me suis donc trouvé confronté à l’incompréhensible. Le premier, un long jogging en forêt et le second, une halte, une pause sur une de ces places de jeu pour enfants. L’un aurait pu être profitable et l’autre plaisante, n’était l’incommensurable sottise, l’insondable abysse de bêtise, l’infinie stupidité d’individus que les lois et ceux qui les font s’acharnent à protéger. Sans vouloir revenir sur une polémique encore brûlante même si j’y reviens quand même (allez comprendre le paradoxe…) je me suis donc retrouvé dimanche dans la forêt, à courir après ma gloire passée que j’ai trouvé encore bien présente, au demeurant. iPod™ aux oreilles, Hydrastorm™ au dos me voilà cheminant dans un bonheur salé de sueur. Jusqu’au croisement de premiers civils pas très civils. Leurs multiples canidés en liberté (notez, j’ai rien contre tant que…), la laisse nonchalamment jetée autour de la nuque à la manière d’un certain docteur télévisé, loin, très loin du ‘tant que…’ susdit, en fait. Corollaire immédiat de la nonchalance humaine, la bête retrouve son instinct, détecte sa proie et s’y attaque. Rappelez vos bêtes ! Pas de réaction. Rappelez vos bêtes !!! Toujours pas de réaction, ou si peu, et si tardive. Il aura fallu se débattre, prendre une attitude menaçante à l’égard des toutous, puis les repousser, puis les frapper, pour se faire taxer in fine de sauvage, de tortionnaire du meilleur ami de l’homme. Et que la forêt est à tout le monde. Et que je n’ai qu’à aller courir ailleurs (où ? Sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute ?). Et que c’est mon attitude de coureur ostentatoire qui excite les chiens. Et caetera, à l’avenant. Après une bonne grosse explication et quelques copieuses insultes plus tard, on arrive au lundi. En famille cette fois dans un endroit où le Vieux Sergent ne dérange plus personne depuis bien longtemps. Seul subsiste un vague risque d’insolation. Et bien non. Autant le jogger ennuie le canis vulgaris dans la forêt, autant les pires spécimen de son ordre semblent s’inviter en bienvenus sous les toboggans, entre les balançoires. Malheur alors au gosse qui prend peur et malheur aux parents qui s’en vont alors rappeler à l’autre bout de la laisse son moindre devoir de bienséance et de cession de priorité. C’est reparti pour un tour : « Y’a une loi qui interdit à mon chien de se promener où il veut ? ». Que répondre à ça ? Comment comprendre l’incompréhensible ? Et quand bien même y en aurait une, de loi, qui la ferait appliquer ? Il faudrait fliquer forêts et places de jeu, qui plus est un jour férié ? Infaisable. Tout le monde le sait et personne n’en voudrait de toute façon. Moi compris. Alors quoi ? Faire le poireau en attendant de se faire bouffer, voir son gosse crever de trouille à un endroit qui est le sien avant de se faire mordre ? Annoncer ensuite "l'incident" au vétérinaire le plus proche. Qui avisera les autorités. Les autorités de quoi ? La seule autorité que je vois ici c’est celle du plus fort. Celui qui mord. Faut-il dès lors, faute de responsabilité personnelle des uns, que les autres joggent Spyderco™ en main, prêts à mettre définitivement hors d’état de nuire un chien qui fondamentalement ne peut lutter contre son instinct ? Faut-il se munir de son ASP™ pour pousser ses petits sur leur balançoire ? S’apprêter à faire jaillir quelques bons centimètres d’acier sur un museau probablement innocent mais assurément hors de tout contrôle autre que celui de la contrainte ? Comment comprendre que l’homme épris de liberté que je suis doive s’en retourner à l’âge de pierre, à des usages qui prévalaient en leur temps à l’ouest du Pecos, pour s’offrir le droit d’une course en forêt, d’une halte au cheval à bascule ? J’ai essayé de comprendre. J’ai tourné et retourné la question. Sans y trouver la moindre réponse. Mais je suis sûr d’une chose que les libertaires oublient, préférant se gausser des gens comme moi qu’ils auront tôt fait de traiter à tort de fasciste : il n’existe pas de liberté sans responsabilité. Et qu’il est facile d’oublier sciemment la seconde pour mieux réclamer la première comme un dû…

samedi, avril 15, 2006

Il a sonné dix heures

Il a sonné dix heures au clocher du village, tout proche. Dix coups ont tinté au clocher d’une soirée qui débute, se poursuit ou se termine. J’étais sur la terrasse, appréciant la douce fraîcheur de cette pluvieuse soirée de printemps lorsqu’ils m’ont surpris. Lorsqu’ils ont interrompu mes rêveries. Et il en viendra d’autres. A chaque nouvelle heure. Diurne ou nocturne. Combien de nuit d’insomnies, d’arrivées tardives furent rythmées au son du bronze villageois ? De miennes, il en fut quelques unes. Combien de réveil ? Volontaires ou non. Combien de fois le carillon a-t-il résonné depuis le VIème siècle fondateur ? Combien d’âmes aura-t-il raisonné ? Combien ? Les cloches, pour qui vit à leur proximité immédiate, suscitent invariablement ou inclinaison ou aversion. Jamais d’indifférence. Il y a les disciplinés pour qui sonnent l’Angélus et le Sanctus. Les tristes, les inconsolables pour qui sonne le glas. Les prudents, les angoissés, les catastrophés, ceux pour qui sonne le tocsin. Il y a les écoliers pour qui sonne le carillon d’une récréation attendue. Il y a ceux qui y voient du charme. Celui d’une campagne rythmée à l’ancienne. Où le beffroi ramène les pressés à l’heure qu’il est au moment où il sonne. Où il rappelle aux retardataires celle qu’il était, mais trop tard. Et puis il y a les autres, ceux qui y voient du bruit, un dérangement. Une intolérable intrusion dans le silence de leurs nuits. Comme souvent l’est pour ceux-ci le chant du coq du matin, d’ailleurs. Autant de bris de sommeils qui, eussent-ils été justes, n’eurent peut-être pas été rompus. Qui sait ? Ces cloches, je les aime. J’aimais, au retour de nuits de travail, entendre le carillon me dire le peu qu’il me restait à dormir J’aimais l’entendre au matin, se moquer – le coquin – de mon teint peu frais et dans le même temps honorer la vaillance de ceux qui se lèvent. J’aime sortir sur la terrasse aux heures pleines. Juste pour l’entendre. Juste pour me rappeler que l’agitation du monde est rythmée ici de la même façon depuis plus de 1400 ans. Qu’une heure est une heure. Qu’on en fait ce qu’on veut. Ce qu’on peut. Et par-dessus tout, faisant entorse au régime du catholique que je suis, je me réjouis que ce coin de pays qui m’offre l’hospitalité depuis tant d’années soit protestant. Eh oui, si les cloches ont sonné ce soir c’est qu’elle ne sont pas parties pour Rome…

Joyeuses Pâques à tous, brillants lecteurs.
Votre Vieux Sergent.

jeudi, avril 13, 2006

Les mirettes qui brillent (Partie 2)

…Au réveil (mais avions-nous seulement dormi ?), solide petit-déjeuner et félicitations répétées et sincères de la famille d’accueil pour l’exploit retentissant de la veille. C’est alors que nos hôtes nous proposèrent, avant le rendez vous prévu à 11 heures dans le saint des saints, de nous faire visiter un autre sanctuaire. Un morceau d’histoire qui prit sa triste forme un jour de 1949 sur une des collines qui dominent Turin. On y apprit le cœur serré que l’autre club, celui à qui n’allait pas forcément nos faveurs - le Toro comme il est appelé affectueusement par ses tifosi - perdit alors 31 de ses membres dans un accident d’avion après avoir gagné 4 scudetti d’affilée. La meilleure équipe d’un pays qui disparaît. Un coup de poignard, un terrible coup de poignard qui nous invita alors au respect et au silence. Mais le foot reprit le dessus. On nous offrit écharpes, drapeau, maillots, fanions et photos à la gloire de la Vieille Dame, pourvus par les nombreux stands sis autour du mémorial de Superga avant de redescendre préparer nos affaires pour le Grand Moment. Départ, 20 minutes de voiture. A mesure qu’on approche on sent nos estomacs se nouer, tomber dans nos talons et nos cœurs se mettre à battre plus vite. Cinq ans avant ce jour j’avais eu l’occasion d’assister à mon premier (et dernier) derby Juve-Toro dans le Communale. Debout, sur la pointe des pieds, aux places situées plus bas encore que la pelouse, je m'étais régalé de la magie du spectacle et de l'ambiance surtout. Cette ambiance de cathédrale en fête. Mais aujourd’hui rien n’était plus pareil, nous allions fouler la pelouse elle-même. Et tout ça devenait trop grand, trop fort, trop tout en fait. Au point que je me souvienne de chaque image, de chaque geste que j’ai pu faire. Comme s’il venait précisément d’être fait. Sortir de la voiture, descendre dans les vestiaires où régnait le même silence respectueux que celui dont on fait preuve dans les lieux de recueillement. Ne pas piper mot, ne pas faire un bruit. Regards croisés lourds de sens et d'émotion. Astiquer mes chaussures jusqu’à les user de brillance. On n’en menait vraiment pas large, croyez-moi. Trois matches devaient se tenir en ouverture de la partie principale, trois parties de trente minutes. Les deux premières opposant les vainqueurs des quarts de finale de la veille et la troisième, ultime confrontation des vainqueurs restants. On jouerait la seconde des deux premières parties, comme il était prévu. Depuis le vestiaire on percevait, deux heures avant la vraie partie, la rumeur du public qui était déjà sur place, grossissant à mesure que les gens arrivaient et prenaient place. Et puis nous sommes enfin sortis du vestiaire et avancé vers le tunnel s’ouvrant vers l’Antre. Un stade de 65000 places. Une autre planète. On devinait aux chants des tifosi qu’il y avait du monde déjà. Beaucoup de monde. Vient alors notre tour. Annonce du speaker. Applaudissements nourris et sang qui se glace. Tête qui tourne. Le mélange d’une insondable fierté et d’une terrible peur aussi. Trop étourdis par le contexte ahurissant et jouant contre des sportifs largement plus talentueux, qui voyaient probablement plus loin que nous en terme de carrière, nous avons été laminés. Score sans appel de 9-1 après les 30 minutes. Mais nous n’avons jamais été ridicules et l’honneur sauvé aura été salué bruyamment par le public dans un écho que j’entends encore. Je l'entendrai toujours. Mais ce n’était pas tout. A peine avions-nous commencé à apprivoiser ces riches émotions en regardant cette finale que nous ne jouerions pas, à peine celle-ci terminée que les équipes participantes ont été rappelées dans le tunnel pour accompagner les joueurs à l’entrée du match officiel. De ce moment en particulier, j’aurai souvenir au soir de ma vie. Avoir serré la main de nombreux héros de 1982 qui étaient là tout à côté de moi, les avoir vu jouer en vrai, assis cette fois sur le bord du terrain, plus près que jamais. Puis avoir eu l’honneur d’une séance de dédicaces après la partie, au sortir du vestiaire. Des héros mais des gens simples. Un petit mot, un regard, une tape dans le dos, une main qui t’ébouriffe les cheveux. Un sourire. Du bonheur. Pur. Des larmes de joie et des choses à raconter. Quand on a eu cette chance, cette chance de vivre des moments si uniques, on ne peut regarder le football qu’avec des yeux exaltés, contemplatifs. Quand on a eu la chance de se trouver pour quelques secondes d’éternité devant de pareils monuments, on fait un serment : Juventino, Sempre ! Et quand on a eu cette chance, les mirettes brillent pour toujours.

mercredi, avril 12, 2006

Les mirettes qui brillent (Partie 1)

[A la demande de la Juventina. C'est une histoire tout ce qu'il y a de vraie. Encore que 20 ans plus tard, je me demande si tout ça, si beau, si formidable, n'était pas un rêve. Désolé pour le style, c'est écrit au kilomètre, dans une émotion qui m'étreint comme si j'avais à nouveau 13 ans. La suite, la fin - le meilleur - viendra... demain.]

On était partis un vendredi matin au bénéfice d’un congé spécial de l’école. En car, depuis le stade communal. On avait laissé derrière nous le petit cabanon de bois mélangeant vestiaires, bac-à-laver-les-godasses et buvette, le petit terrain de gravier, puis l’autre plus grand, garni d’une herbe si belle verte que nous n’osions le fouler aux jours de pluie, craignant le courroux du cantonnier. Car en Suisse le beau gazon est préservé, il est réservé à la première équipe, aux grands. Les adolescents, les juniors C en particulier n’y ont droit que quand il fait beau. Le reste du temps on renvoie leurs matches aux calendes grecques. Mais je m’écarte du sujet principal. Nous étions donc parti un vendredi du bout du lac que nous avions longé jusqu’à la naissance des Alpes, pour franchir celles-ci là où les chiens portent des tonneaux autour du cou. Descente sur Aoste et (à cette époque-là, pas de tunnel d’évitement) traversée du bourg pour nous diriger tout droit vers ce que nous estimions tous être la Mecque du football. Turin. C’était la deuxième fois que j’y allais et je n’avais pas la moindre simple idée de ce qui m’attendait. Arrivé dans la banlieue piémontaise, on stoppe dans un quartier populaire, comme celui d’où l’on vient en fait, un peu plus grand seulement, où nous sommes reçus par nos familles d’accueil pour le week-end. Des gens charmants, attentionnés, hospitaliers comme on n’ose pas l’imaginer, le cœur sur la main. Echanges de quelques mots baragouinés par nous autres dans un italien très modeste et repas à la maison. La notion de repas est ici un à prendre dans un sens large, très large. Une vraie sainte cène, et ce n’était que midi. Antipasti puis quartiers de pizza avant une pasta maison à laquelle succèdera une piccata aux aubergines pour finir par du Panettone au dessert. Le tout deux heures seulement avant le premier match d’un tournoi de deux jours qui verra les deux premiers classés – des putains de chanceux nous disions-nous alors grossièrement – se voir offrir leur finale en entrée du match Juventus-Sampdoria du dimanche. Autant dire une invitation pour le Paradis, assis à la table du Bon Dieu, sans blasphème, qu'Il me pardonne. Aussi hallucinante et belle qu’improbable. Inatteignable. Et pourtant. Une fois entrés dans le stade de quartier qui doit au bas mot contenir un millier de spectateurs, parents, amis et cousins du coin, premier choc. Une fois compris que là-bas l’herbe verte n’existe qu’au Communale, après avoir craqué sous une première pression et surtout face à des joueurs qui à 13 ans avait l’air d’en avoir 18, on a trouvé quelques repères et joué sur nos qualités. Perdu un premier match et gagné tous les autres jusqu’au quart de finale qui, s’il était remporté, nous offrait l’inimaginable, l’inconcevable. Celui-ci s’est terminé à 22 heures et quelques, aux penalties. Et je m’en souviens comme si je venais de terminer le match. Première série de 5 tirs, tous au fond, dont le mien et ceux de tous nos adversaires. Arrive la seconde vague dite du premier qui rate. Le turinois tire en force, sur la latte. Emotion intenable. Insoutenable. Et le grand Xavier, notre grand blond, tout bonhomme, tout penaud, nous bricole un amour de contre-pied qui nous envoie droit dans les nuages. Mon Dieu comme on a ri, crié, pleuré à chaudes larmes avant de rire encore et de pleurer à nouveau. A 13 ans. Pas le droit de jouer quand il pleut sur notre billard de campagne qui accueille deux pelés et trois tondus chaque dimanche et on est invité au Stadio Communale pour jouer sur le même terrain que Platini, Boniek, Rossi, Scirea, Tardelli, Cabrini et les autres. Nos idoles. Nos modèles. Il y avait de quoi ne pas dormir ce samedi soir là. Il y avait de quoi se pincer et se repincer pour y croire. De quoi avoir les mirettes qui brillent.

Fin de la Partie 1. Mi-temps.

mardi, avril 11, 2006

Philosophie de salon

Cogito ergo sum. Je pense, donc je suis. Et j’écris. Scripto donc. Ergo sum, à nouveau. J’écris, donc je suis. Je pense, j’écris, je suis. Tout bien pensé, je pense ce que j’écris sans toujours écrire ce que je pense. Mais toujours je suis, puisque toujours je pense. Sans quoi je ne serais plus. Je pense même être ce que j’écris sans que j’y pense pourtant lorsque je le suis, alors que néanmoins je pense. Cependant, et tout bien écrit, je pense être celui que je pense au moment où je le suis, sans forcément l’écrire, alors que pourtant j’y pense. Que penser suffit à être. Sans oublier que toujours je suis ce que j’écris, sans toutefois être ce que je pense quand je l’écris. Ainsi, suis-je parce que je pense ou par ce que j’écris ? Parce que j’écris ou par ce que je pense ? Et ne dois-je pas tout simplement être pour penser, donc pour écrire et l’écrire ? Nous sommes conscients avant de naître, certes, mais le sommes-nous avant d’être ? Et s’il faut penser pour être, ne serions-nous tout simplement pas puisqu’il nous faut être pour penser ? Cogito ergo sum ? Scripto ergo sum ? Ou sum tout court ?

lundi, avril 10, 2006

L’Album à remonter le temps

[En complément de précédents billets de Mafalda, sur un sujet qui n'a pas fini de nous faire écrire, lire et récrire...]
Nous étions l’insouciance, les têtes blondes d’alors pour qui loisirs et temps libre ne rimaient qu’avec ballon. Une cour d’immeuble animée comme seules peuvent l’être celle des quartiers populaires. Des suisses, des italiens, des espagnols, des portugais et des que sais-je encore. Enfants d’un âge où de la nationalité ne ressortait que le nom des équipes auxquelles allait notre cœur. On vivait le gros printemps 1978 et mes copains et moi notre première vraie coupe du monde. Ce fut l’époque où nous délaissions le Pif Gadget hebdomadaire pour investir l’entier de notre argent de poche dans de précieuses vignettes, obtenant même pour l’occasion des rallonges inattendues, inespérées, les parents se prenant au jeu comme leurs rejetons. Il faisait beau, chaud, et sitôt sortis de l’épicerie nous communiions, assis à même trottoir, devisant sur la malchance de ne posséder que d’obscurs joueurs alors que le voisin se payait les frères Van De Kerkhof et Johny Rep dans la même pochette. Et qu’on s’échangeait un Bettega contre trois Trésor, un Keegan contre quatre Rocheteau, un Kempès contre une bonne dizaine d’insignifiants. Le cours du joueur avait ses hauts, ses bas. On se faisait des films avec un mois d’avance sur le qui, sur le comment. On inventait les matches avant même qu’ils ne soient joués. L’école n’existait plus que pour se procurer les vignettes manquantes et de cahiers n’étaient que ceux où nous allions noter les résultats des parties à venir. 28 ans plus tard, rien n’a changé. Ou presque. Il fallait voir le petiot trépigner d’impatience hier alors que nous nous pourvoyions avant enfin de rentrer, de nous s’asseoir par terre comme je l’avais fait des décennies plus tôt, comme deux gamins, l’un en devenir, l’autre toujours prêt à retourner sur ses pas. Il fallait le voir – oh le boleux ! – sortir un Zambrotta, un Cole et un Roben du premier coup alors que le sort ne me gratifiait que d’une série inconvenante d'inconnus joueurs saoudiens. Chacun son album, histoire de pouvoir pratiquer les échanges de doublons à la maison déjà, et on est lancé. Deux heures de grand plaisir. De questions à profusion. « Et lui il joue dans quelle équipe » ? « Lui c’est Raul, il joue au Real Madrid ». « Ah je sais, c’est ceux qui passent plus de temps à faire les marioles qu’à jouer au foot. C’est le frère de Steven qui l’a dit » ! « Et dis papa les allemands ils sont sur la première page parce c’est les plus forts » ? « Mais non, mais non. Enfin, espérons que non … ». « Et pourquoi Shevshenko il est pas sur la page de l’Italie » ? « Son nom fini par un ‘o’ mais il est ukrainien, pas italien ». « Mais il joue à Milan, c’est en Italie ! Et puis c’est quoi ukrainien » ? Et le reste à l’avenant. Alors au fil du complément et d’une première accumulation d’affichettes à double on échafaude les plans de la semaine, je donne les premières recommandations. Ne se dessaisir d’un joueur coté, d’un Lampard, d’un Gattuso ou d’un Juninho qu’au prix d’un bon deal permettant de terminer une équipe boiteuse de seconds couteaux. Ne pas se laisser embobiner par les gamins plus grands ou plus cultivés qui prétendront que Zidane est un has-been et ne vaut pas plus qu’un anonyme joueur iranien. Ne pas essayer d’arnaquer son père en fouillant dans ses pochettes pendant qu’il est au travail. On rigole, on se marre et alors que le junior ira faire ses armes avec ses copains, son père ira négocier ferme l’échange de son reliquat du jour avec d’autres grands enfants. Le monde est tout de suite plus sympathique lorsque à la priorité de signer des contrats dits sérieux se substitue temporairement celle de se payer un petit retour en arrière. De remonter dans le temps.

samedi, avril 08, 2006

Retrouvaille avortée

Il y a quelquefois des hasards bizarres. Je dirais même plus, de bizarres hasards. Tenez, comme dans Coke en Stock où le Capitaine Haddock théorise sur l’improbabilité d’une rencontre au coin de la rue avec le Général Alcazar avant de se casser le nez sur ce dernier, il m’est arrivé aujourd’hui quelque chose de semblable. Sauf que. Sauf qu’il s’en est fallu de secondes, de décimètres pour que la chose se produise. Or il n’en a rien été. Alors en pleine discussion au sujet d’un vieil ami – neuchâtelois, ça ne s’invente pas – que les vicissitudes de l’existence auront éloigné de mon chemin (et moi du sien) depuis plus de huit ans, voilà qu’on tombe dans le parking d’un quelconque Brico-Loisirs sur une voiture américaine, exacte et rarissime réplique de celle qu’il conduisait alors. M’amusant de la coïncidence pour mieux l’oublier immédiatement en me disant que huit ans suffisent à changer goûts et propriétaires, je vaque à mes occupations de consommateur malgré lui. Ne trouvant pas ce que je cherchais, je ressors du magasin et, deuxième coïncidence – énorme, totalement surréaliste – qui vois-je passer devant moi, vingt mètres plus loin, au volant d’une voiture qui n’avait rien à voir avec celle citée plus haut ? C’est lui ! C’est mon vieux camarade ! Celui dont j’étais en train de parler à l’instant de tomber sur la relique qui ravive mes souvenirs, pour mieux mettre ensuite ceux-ci au rancart avant de retomber sur lui dans d’autres circonstances. Hallucinant. Le hasard qui se met à persévérer, on aura tout vu. Bref. S’en suivent vaines gesticulations et interpellations, retour au volant pour une courte poursuite, stoppée net par un feu de la mauvaise couleur. Une question philosophico-mystique m’anime alors, pourquoi diable la fortune se donnerait-elle tant de mal pour faire se retrouver deux copains et dans le même temps pour tout faire foirer à la dernière seconde ? Re-bref. L’occasion faisant le larron et ayant souvenance du dernier lieu d’habitation du bonhomme, je compose le 1144 en donnant son pedigree à ma brave interlocutrice. Réponse : ce monsieur n’existe ni dans la région, ni même ailleurs en Suisse. Elle est bien bonne celle-là (la réponse, pas l’interlocutrice… non, non mais je me méfie avec vos interprétations). A moins qu’on puisse habiter en France avec des plaques vaudoises, à moins que les hommes mariés prennent aujourd’hui le nom de leurs épouses (pourquoi pas me direz-vous ? Et oui, pourquoi pas, y rétorquerai-je), à moins qu’on ait subrepticement glissé de la colombienne dans mon sandwich de midi, à moins que… Je pige pas. Fais le 111 en me disant que les écoutilles du précédent sont peut-être bouchées. Même réponse. Paf, le coup de massue. Démence aigue ? Sénilité précoce ? Même pas, j’ai des témoins. Enfin, un. Peut-être le gaillard s’est-il inscrit sur liste rouge, ulcéré par les marchands téléphoniques de gelée royale et autres vendeurs de chalets en time-sharing au Béloutchistan. Mais comment faire à présent pour rendre son goût à une retrouvaille qui aurait pu, qui aurait du être impromptue ? J’avoue que ce ‘so close and yet so far’, à défaut de m’amuser, amène son lot d’interrogations sur les relations que nous entretenons les uns aux autres ou mieux, sur celles que nous n’entretenons plus. Et leurs issues possibles. Suite au prochain épisode.

vendredi, avril 07, 2006

Septante mille pas, environ

Depuis combien de temps n’avons-nous plus parcouru ensemble, sentiers, paturâges et forêts de ce beau pays ? Combien d’années se sont écoulées depuis le dernier partage d’un chemin commun, le dos lesté du poids de tant de bons souvenirs. Et qui garde encore en mémoire la coupable négligence du cordonnier qui le vît marcher sur des clous comme d’autres sur des oeufs ? Les monticules qu’en d’autres instants nous formions dans la ravine, à chaque rayon de lumière mobile apparaissant ? Qui garde dans son esprit le charme bucolique de la transhumance glaronnaise ? La montée à l’alpe bruyante où tonnaient les canons. Puis la descente où, cheminant, nous recevions la timide visite des chevreuils, attirés comme nous l’étions par la déclinante lueur du terme de la journée. Qui retient encore les dialogues qu’en disciples de Platon nous tenions, marchant, marchant et marchant encore, par une belle journée de juin avant d’étaler nos âmes fourbues dans une accueillante luzerne, offrant à celles-ci le délice d’une courte sieste ? Qui voit encore, comme si c’était hier, le ruban de bitume ajoulot se dérouler sous nos pieds dans un matin calme fait d’attente - et d’attentes ? Ce même ruban qui se vît parcouru le soir, dans les burlesques rires de ceux qui n’ont plus peur de rien. Qui se dit encore que tout ça n’est pas si loin ? Que les saisons qui passent ne sauraient avoir prise sur la volonté du pèlerin ? Que la luzerne finale est toujours là, toujours aussi douce et accueillante. Aux yeux de qui ces lignes forment d’évocatrices images, je ferai deux promesses. Il faudra mettre septante mille fois un pas devant l’autre. Et j’y serai.

mardi, avril 04, 2006

Vilenies

Ce mot s’adresse à toi. Toi le sournois. Le mesquin. Toi qui te caches sitôt ton fiel répandu. Pour mieux revenir planter tes piques assassines, entre les omoplates que ton asocialité aura faits se tourner. Toi le donneur de leçons. Le moralisateur. Le blessant. Celui qui n’existe qu’au travers du mal qu’il fait aux autres. Celui qui condamne sans juger, qui juge sans connaître et croit connaître sans savoir. Toi qui, jamais encore, ne m’as fait l’honneur d’une inamicale visite. Celle dont tu as le secret, tu sais ? Là où tu t’invites, puis défonces et tout casses. Tout ce qui n’est pas comme toi. A quand le déplaisir pour moi de lire un de tes fourbes commentaires, une de tes malveillantes remarques ? Mais peut-être n’ai-je pas découvert assez de mes faiblesses pour devenir une proie qui te soit suffisamment facile ? Peut-être n’ai-je pas exhibé suffisamment de blessures sur lesquelles tu pourrais concentrer tes coups veules ? Les seuls que je t’aie vu porter jusqu’ici. Ce mot s’adresse donc à toi. Toi l’odieux. Toi le honteux. Toi qui te drapes dans la robe anonyme de ta propre duperie. Car fussent tes propos calomnieux prononcés sous le sceau secret mais assumé de ton propre blog que je pourrais y voir l’arme du faible – invitant à la commisération – alors que je n’y perçois que celle du lâche. Le pire qui soit. Celui qui tire dans le dos. Celui qui tape sous la ceinture quand l’arbitre ne regarde pas. Le malotru. L’inélégant. L’incivil. Le rustre. Camouflant sous des grandes phrases un vernis culturel ma foi bien mince. A quand donc la prochaine agression gratuite ? La prochaine rhétorique spécieuse ? Le prochain procès d’intention ? Le prochain défoulement ? Sache, toi l’amer, que le plaisir pervers que tu t’octroierais à venir garnir de ton ressentiment les pages qui sont miennes, après l’avoir fait de celles d’autres que tu n’as pas trouvé bon d’épargner, ne trouverait d’égal que dans le mien à t’offrir un adversaire à la mesure de ta bassesse. Résolument prêt à être ta prochaine victime. Et accessoirement à te fermer le claque-merde duquel sortent tant de méchantes inepties. De vilenies.

lundi, avril 03, 2006

De la concision

¯ [...] ¯ !

Clairon aphone. Depuis trois jours. Trois longs jours.

"Le silence représente quelquefois, aux oreilles de qui l'écoute, une chance de s'imaginer ce qu'aurait pu dire celui qui ne l'a pas fait".

The Old Sarge, dixit

Voilà. C'était la pensée sergentesque du jour. A défaut de mieux.