Septante mille pas, environ
Depuis combien de temps n’avons-nous plus parcouru ensemble, sentiers, paturâges et forêts de ce beau pays ? Combien d’années se sont écoulées depuis le dernier partage d’un chemin commun, le dos lesté du poids de tant de bons souvenirs. Et qui garde encore en mémoire la coupable négligence du cordonnier qui le vît marcher sur des clous comme d’autres sur des oeufs ? Les monticules qu’en d’autres instants nous formions dans la ravine, à chaque rayon de lumière mobile apparaissant ? Qui garde dans son esprit le charme bucolique de la transhumance glaronnaise ? La montée à l’alpe bruyante où tonnaient les canons. Puis la descente où, cheminant, nous recevions la timide visite des chevreuils, attirés comme nous l’étions par la déclinante lueur du terme de la journée. Qui retient encore les dialogues qu’en disciples de Platon nous tenions, marchant, marchant et marchant encore, par une belle journée de juin avant d’étaler nos âmes fourbues dans une accueillante luzerne, offrant à celles-ci le délice d’une courte sieste ? Qui voit encore, comme si c’était hier, le ruban de bitume ajoulot se dérouler sous nos pieds dans un matin calme fait d’attente - et d’attentes ? Ce même ruban qui se vît parcouru le soir, dans les burlesques rires de ceux qui n’ont plus peur de rien. Qui se dit encore que tout ça n’est pas si loin ? Que les saisons qui passent ne sauraient avoir prise sur la volonté du pèlerin ? Que la luzerne finale est toujours là, toujours aussi douce et accueillante. Aux yeux de qui ces lignes forment d’évocatrices images, je ferai deux promesses. Il faudra mettre septante mille fois un pas devant l’autre. Et j’y serai.

2 Comments:
Are you jocking or what? J'y serai aussi. Semper Fi!
On va s'en payer une sacrée bonne tranche ;-) Semper Fi.
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