Texas Hold’em Poker
Showtime ! Vous voilà, comme moi, comme les autres qui nous entourent, assis autour de la table de jeu. Les petits disques de plastique échangés contre monnaie sonnante, prêts à vous faire trébucher. Sur le vert du tapis arrivent vos cartes. Deux cartes qu’aucun autre regard que le vôtre ne doit pouvoir percevoir. Pas plus d’ailleurs que vos yeux ne doivent trahir ce qu’elles représentent. Sont-ce deux as ou des cartes appareillées gages d’un joli futur dans la partie ? Un couple de faible nombres, mal assortis ? Rien ne doit transparaître. Rien ! Arrive le premier tour d’enchères. Votre jeu vous invite à vous délester de quelques jetons. Le mien aussi. Suivi ! Le donneur relance. Aïe ! Sans même avoir une indication sur les cartes à suivre, il va nous falloir allonger à nouveau. Ou nous coucher. Les mises de départ sont faibles, qu’est-ce qu’on perd à poursuivre un tantinet ? Call ! On continue. Sortent les trois cartes ouvertes du ‘flop’. Roi de pique, 8 de pique, 8 de cœur. Une paire, deux couleurs. Et dans mon jeu ? Et dans le vôtre ? Le deuxième tour d’enchères va commencer. Deux joueurs ont quitté la table. Nous ne sommes plus que quatre. Si vous suivez. Je suis. Vous aussi. Des combinaisons s’échafaudent dans votre esprit, dans le mien, des désirs inavoués, profondément enfouis, se font jour de voir sortir la carte qui compléterait la meilleure de celles-ci. Mais avant de voir sortir le verdict à la quatrième carte, la ‘turn’ qui porte bien son nom, il faut payer. Et là, fini de rire, on parle gros sous ou on dégage. Le donneur se couche. Bon ça ! Ne restent que trois joueurs ! Vous, l’autre et moi. Le virage s’opère à nouveau en pique, la dame. Dame ! Le pot est alléchant, mais pas tant qu’il pourrait l’être. Et encore faut-il le gagner… Vous êtes assis directement à côté de la position de donneur, c’est à vous de miser. Vous poussez vos jetons. On parle en centaines. Je relance, l’enjeu se compte maintenant en milliers. Le troisième suit. La main vous revient. Tout va vite. Très vite. Trop vite. Qu’allez-vous faire ? Que vous permet votre jeu ? La probabilité qu’il soit nettement meilleur que celui de vos concurrents à l’arrivée de la dernière carte, l’évocatrice ‘river’, est-elle forte ? Faible ? Et quand bien même elle le serait, faible, l’investissement que vous avez consenti ne vous dicte-t-il pas de continuer, si mince fut la chance d’emporter le tas de jetons qui vous fait de l’œil plutôt que de stopper net, abandonnant tout ce que vous aurez misé ? Vous pensez qu’il est trop tard pour reculer. Avant le pénultième mouvement de relance, espérant transformer le ‘three-of-a-kind’ qui vous garnit les mains en ‘full’ à la sortie de la carte susdite, vous vous interrogez. Vous refaites dans votre tête les combinaisons possibles que pourraient composer vos adversaires. Une ‘color’ serait plus faible que votre ‘full’ hypothétique. En même temps, elle apparaît plus certaine étant donné la dominante de pique des cartes ouvertes. Pire, le risque de se retrouver aplati par un ‘straight flush’ est loin d’être négligeable. Et si ? Et si les 9 et 10 de pique se trouvaient dans mes mains ou dans celles du troisième restant ? Ce serait catastrophique pour vous ! Mais il n’en faut rien montrer. Alors ? Que faire ? Vous perdriez beaucoup d’argent en arrêtant maintenant. Mais nettement moins qu’en échouant sur le fil. L’argent épargné a autant de valeur que celui qu’on gagne dit l’adage. Damn ! Reste à bâtir une relance puissante qui me ferait croire – et au troisième en course - que vous possédez déjà le ‘full’ en montant drastiquement l’enchère. Moyen de pression. Fatigue. Idées confuses. Regards désincarnés des uns aux autres. Regards. Tout s’accélère, vous relancez. Le troisième larron ne peut suivre, il jette l’éponge et ses cartes. Bloody hell ! La suite va se jouer entre nous. Face-to-face. Le couteau entre les dents ! Avec des mises doublant au prochain et dernier tour l’entier de ce qu’on a payé. Qu’ai-je dans les mains ? Qu’avez-vous dans les vôtres ? A qui reste-t-il le plus de jetons, de moyens de faire fléchir l’autre en parlant le dernier ? Arrêter maintenant c’est s’assurer de ne pas perdre le double de ce qu’on a déjà sorti de sa poche. C’est aussi se priver de multiplier sa mise totale par huit, peut-être dix, on a perdu le compte. Balancer un ‘all-in’, votre solde de jetons dans un quitte ou double ? Risque. Récompense. Risque. Perte massive. Dettes de jeu. Adieu la Rolex ! Bye-bye le solitaire ! Et bonjour les emmerdes et les bruits de pas derrière vous, dans le parking souterrain…
A vous de voir ce que sera votre prochain mouvement. The winner takes it all.
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2 Comments:
Heureux de vous revoir à bord Lohengrin the Third ! Vous auriez pu être le 'troisième' de mon histoire... à la différence près que vos propos laissent penser que vous n'auriez pas baissé pavillon avant l'ultime bataille ;-)
A part ça, j'ai bien reçu votre mise au point concernant mes doutes initiaux sur un précédent contact qui n'est pas. N'en subsiste qu'un : vous ne seriez pas Neuchâtelois, comme tous mes lecteurs ;-)
A une prochaine. Et pourquoi pas aux World Series !
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Regards
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