mardi, mars 21, 2006

Le Mathémagicien

Aux yeux de qui – comme il fut aux miens – les mathématiques ne trouvaient d’image vraiment compréhensible qu’en la personne du chef Gaulois Aplusbégalix d’Uderzo et Goscinny, j’aimerais présenter un personnage. Un véritable talent. Résolument humain, dévoué comme aucun ne sait l’être plus, fin pédagogue, féru des meilleures lectures philosophiques, didactiques et humanistes de notre temps, comme il est intarissable d’anecdotes relatives à celui auquel nous succédons, cet homme est une perle à l’enthousiaste communicatif, exaltant. Brillant au point qu’il lui est aisé de vous faire aimer avant de la réapprendre une science qui n’a jamais été la vôtre. Dans laquelle vous vous embourbiez sitôt trois pas mis l’un devant l’autre, loin avant d’avoir atteint le bord du marais. Il fallait, en prélude de la remise à niveau qu’il opéra sur nous autres, âmes en déroute, le regarder, voir ses yeux s’éclairer, puis pétiller en évoquant l’histoire mathématique qu’il déroulait devant les nôtres. Chassant alors nos austères et abstraites références au sujet, nous écoutions, d’abord sceptiques, puis surpris avant d’être conquis, apprenant que derrière l’équation se cachait quelquefois un insoupçonné romantisme. Ainsi, nous disait-il, s’il n’existe pas de prix Nobel de mathématique, la raison en est que son fondateur se vît un jour ravir la main de la fleuriste viennoise à qui allaient ses faveurs, par un soupirant plus heureux – mathématicien et suédois de surcroît. Ainsi, poursuivait-il, le grand génie (méconnu comme il est de bon ton lorsqu’on en est un) Evariste Galois, qui dressa au XIXème les fondations de l’algèbre générale, mourut-il à l’âge de vingt ans, victime des trop beaux yeux d’une femme et – surtout – du duel qui suivit, visant à défendre l’honneur de celle-ci. Alors, il fallait l’écouter disserter sur les théorèmes, les méthodes, le Lagrangien, le Simplexe et les autres. Et comprendre par des mots simples, par des démonstrations probantes, que tout n’était pas si obscur qu’on avait toujours voulu nous le faire croire, au pays des chiffres et des lettres. Certes il aura fallu du temps, de l’énergie et quelques bonnes doses de concentration pour accéder à ses lumières, mais que leurs rayons réchauffèrent nos cœurs et nos cerveaux transis. Pas avare pour un sou de son savoir, de ses fantastiques qualités de communicateur et toujours désintéressé, le voilà qui repart aider d’autres comme il nous a aidés, m’entraînant à sa suite comme le prophète s’accompagne de fidèles, ajoutant à la voix de la science celle de son converti tout neuf, dont la bonne foi témoignera des miracles vécus et de ceux – possibles – à venir. Cet homme dont vous devinez ici les traits, c’est Le Mathémagicien. Tante Grazie a lui.

2 Comments:

Blogger Myriam said...

Faudrait que vous me le présentiez... Je n'ai jamais réussi à avaler, sans parler de digérer, les sinus et autres cosinus. Même si j'ai toujours soupçonné que les formules abstraites recelaient plus que le mur indigeste contre lequel je me heurtais, qui me restait en travers de la gorge...

12:16 AM  
Blogger David Humair said...

Toute ma jeunesse... Intégrale, tangopadj, cosadjhyp, sinophyp, matrice, dérivée, Poisson, Gauss, etc. Mon exercice de bac: montrer que la dérivée de sinx/x tend vers 1 lorsque x tend vers l'infini... Que de la poésie.
Dommage, j'ai tout oublié!! ;-((

8:04 AM  

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