lundi, avril 10, 2006

L’Album à remonter le temps

[En complément de précédents billets de Mafalda, sur un sujet qui n'a pas fini de nous faire écrire, lire et récrire...]
Nous étions l’insouciance, les têtes blondes d’alors pour qui loisirs et temps libre ne rimaient qu’avec ballon. Une cour d’immeuble animée comme seules peuvent l’être celle des quartiers populaires. Des suisses, des italiens, des espagnols, des portugais et des que sais-je encore. Enfants d’un âge où de la nationalité ne ressortait que le nom des équipes auxquelles allait notre cœur. On vivait le gros printemps 1978 et mes copains et moi notre première vraie coupe du monde. Ce fut l’époque où nous délaissions le Pif Gadget hebdomadaire pour investir l’entier de notre argent de poche dans de précieuses vignettes, obtenant même pour l’occasion des rallonges inattendues, inespérées, les parents se prenant au jeu comme leurs rejetons. Il faisait beau, chaud, et sitôt sortis de l’épicerie nous communiions, assis à même trottoir, devisant sur la malchance de ne posséder que d’obscurs joueurs alors que le voisin se payait les frères Van De Kerkhof et Johny Rep dans la même pochette. Et qu’on s’échangeait un Bettega contre trois Trésor, un Keegan contre quatre Rocheteau, un Kempès contre une bonne dizaine d’insignifiants. Le cours du joueur avait ses hauts, ses bas. On se faisait des films avec un mois d’avance sur le qui, sur le comment. On inventait les matches avant même qu’ils ne soient joués. L’école n’existait plus que pour se procurer les vignettes manquantes et de cahiers n’étaient que ceux où nous allions noter les résultats des parties à venir. 28 ans plus tard, rien n’a changé. Ou presque. Il fallait voir le petiot trépigner d’impatience hier alors que nous nous pourvoyions avant enfin de rentrer, de nous s’asseoir par terre comme je l’avais fait des décennies plus tôt, comme deux gamins, l’un en devenir, l’autre toujours prêt à retourner sur ses pas. Il fallait le voir – oh le boleux ! – sortir un Zambrotta, un Cole et un Roben du premier coup alors que le sort ne me gratifiait que d’une série inconvenante d'inconnus joueurs saoudiens. Chacun son album, histoire de pouvoir pratiquer les échanges de doublons à la maison déjà, et on est lancé. Deux heures de grand plaisir. De questions à profusion. « Et lui il joue dans quelle équipe » ? « Lui c’est Raul, il joue au Real Madrid ». « Ah je sais, c’est ceux qui passent plus de temps à faire les marioles qu’à jouer au foot. C’est le frère de Steven qui l’a dit » ! « Et dis papa les allemands ils sont sur la première page parce c’est les plus forts » ? « Mais non, mais non. Enfin, espérons que non … ». « Et pourquoi Shevshenko il est pas sur la page de l’Italie » ? « Son nom fini par un ‘o’ mais il est ukrainien, pas italien ». « Mais il joue à Milan, c’est en Italie ! Et puis c’est quoi ukrainien » ? Et le reste à l’avenant. Alors au fil du complément et d’une première accumulation d’affichettes à double on échafaude les plans de la semaine, je donne les premières recommandations. Ne se dessaisir d’un joueur coté, d’un Lampard, d’un Gattuso ou d’un Juninho qu’au prix d’un bon deal permettant de terminer une équipe boiteuse de seconds couteaux. Ne pas se laisser embobiner par les gamins plus grands ou plus cultivés qui prétendront que Zidane est un has-been et ne vaut pas plus qu’un anonyme joueur iranien. Ne pas essayer d’arnaquer son père en fouillant dans ses pochettes pendant qu’il est au travail. On rigole, on se marre et alors que le junior ira faire ses armes avec ses copains, son père ira négocier ferme l’échange de son reliquat du jour avec d’autres grands enfants. Le monde est tout de suite plus sympathique lorsque à la priorité de signer des contrats dits sérieux se substitue temporairement celle de se payer un petit retour en arrière. De remonter dans le temps.

2 Comments:

Blogger Myriam said...

Quel magnifique billet, qui me rend toute chose d'émotion - et je le dis sans rire, avec un sourire...

Deux choses: bravo, le fils, semble avoir déjà un esprit footballistique très lucide (cf le Real). Et, comment, Zidane n'est pas un has-been? Ben flûte alors, je crois bien que je me suis fait avoir... ;-))

10:50 PM  
Blogger The Old Sarge said...

Disons que le seul endroit ou Zizou n'est plus un has-been reste sans doute l'album Panini. En fait il le fut pour moi dès le moment où il dît adieu à l'Avvocato... pour entamer une nouvelle carrière d'homme de cirque ;-)

8:13 AM  

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