samedi, avril 08, 2006

Retrouvaille avortée

Il y a quelquefois des hasards bizarres. Je dirais même plus, de bizarres hasards. Tenez, comme dans Coke en Stock où le Capitaine Haddock théorise sur l’improbabilité d’une rencontre au coin de la rue avec le Général Alcazar avant de se casser le nez sur ce dernier, il m’est arrivé aujourd’hui quelque chose de semblable. Sauf que. Sauf qu’il s’en est fallu de secondes, de décimètres pour que la chose se produise. Or il n’en a rien été. Alors en pleine discussion au sujet d’un vieil ami – neuchâtelois, ça ne s’invente pas – que les vicissitudes de l’existence auront éloigné de mon chemin (et moi du sien) depuis plus de huit ans, voilà qu’on tombe dans le parking d’un quelconque Brico-Loisirs sur une voiture américaine, exacte et rarissime réplique de celle qu’il conduisait alors. M’amusant de la coïncidence pour mieux l’oublier immédiatement en me disant que huit ans suffisent à changer goûts et propriétaires, je vaque à mes occupations de consommateur malgré lui. Ne trouvant pas ce que je cherchais, je ressors du magasin et, deuxième coïncidence – énorme, totalement surréaliste – qui vois-je passer devant moi, vingt mètres plus loin, au volant d’une voiture qui n’avait rien à voir avec celle citée plus haut ? C’est lui ! C’est mon vieux camarade ! Celui dont j’étais en train de parler à l’instant de tomber sur la relique qui ravive mes souvenirs, pour mieux mettre ensuite ceux-ci au rancart avant de retomber sur lui dans d’autres circonstances. Hallucinant. Le hasard qui se met à persévérer, on aura tout vu. Bref. S’en suivent vaines gesticulations et interpellations, retour au volant pour une courte poursuite, stoppée net par un feu de la mauvaise couleur. Une question philosophico-mystique m’anime alors, pourquoi diable la fortune se donnerait-elle tant de mal pour faire se retrouver deux copains et dans le même temps pour tout faire foirer à la dernière seconde ? Re-bref. L’occasion faisant le larron et ayant souvenance du dernier lieu d’habitation du bonhomme, je compose le 1144 en donnant son pedigree à ma brave interlocutrice. Réponse : ce monsieur n’existe ni dans la région, ni même ailleurs en Suisse. Elle est bien bonne celle-là (la réponse, pas l’interlocutrice… non, non mais je me méfie avec vos interprétations). A moins qu’on puisse habiter en France avec des plaques vaudoises, à moins que les hommes mariés prennent aujourd’hui le nom de leurs épouses (pourquoi pas me direz-vous ? Et oui, pourquoi pas, y rétorquerai-je), à moins qu’on ait subrepticement glissé de la colombienne dans mon sandwich de midi, à moins que… Je pige pas. Fais le 111 en me disant que les écoutilles du précédent sont peut-être bouchées. Même réponse. Paf, le coup de massue. Démence aigue ? Sénilité précoce ? Même pas, j’ai des témoins. Enfin, un. Peut-être le gaillard s’est-il inscrit sur liste rouge, ulcéré par les marchands téléphoniques de gelée royale et autres vendeurs de chalets en time-sharing au Béloutchistan. Mais comment faire à présent pour rendre son goût à une retrouvaille qui aurait pu, qui aurait du être impromptue ? J’avoue que ce ‘so close and yet so far’, à défaut de m’amuser, amène son lot d’interrogations sur les relations que nous entretenons les uns aux autres ou mieux, sur celles que nous n’entretenons plus. Et leurs issues possibles. Suite au prochain épisode.

3 Comments:

Blogger Myriam said...

Partant du principe que le hasard fait bien les choses, j'évite de me tarabuster quand il ne les fait pas. Enfin, telle est l'idéologie personnelle à laquelle je tente de me tenir. Au quotidien, c'est beaucoup plus tordu. Parce qu'alors j'ai tendance à voir des signes là où il n'y a que des coincidences. Finalement je ne sais pas, mais cela ne m'empêche jamais de me poser la question... Vous le disiez vous-même: cette propension à compliquer ce qui pourrait être simple... ;-)

11:06 PM  
Blogger The Old Sarge said...

C'est exactement ça ! Voir des signes là où il n'y a que coïncidences. Et se poser des questions. Quand bien même il n'y a rien de 'questionnable'. Ceci dit, compliquer les choses simples leur donne parfois du goût, non ?

8:18 PM  
Blogger Myriam said...

Oui, c'est certain... Mais c'est, comment dire, un peu risqué également... :-)

5:38 PM  

Enregistrer un commentaire

<< Home